Pour Pippa Bacca, la robe de mariée représentait bien plus qu’un vêtement. Elle incarnait la confiance, la vulnérabilité et la possibilité de créer un lien entre des personnes de cultures différentes. Les deux artistes écrivaient d’ailleurs : « Faire du stop, c’est choisir d’avoir foi en les êtres humains. »
Le 31 mars 2008, près d’Istanbul, Pippa Bacca monte dans une camionnette. Ce sera son dernier trajet. Elle est agressée, violée puis assassinée. Son corps est retrouvé plusieurs jours plus tard dans une zone boisée à une soixantaine de kilomètres de la ville.
L’enquête progresse rapidement grâce à une erreur commise par son meurtrier, Murat Karataş. En utilisant sa propre carte SIM sur le téléphone de la victime, il permet aux enquêteurs de remonter jusqu’à lui. Il finit par avouer les faits et conduit la police jusqu’au corps. Il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Cette affaire a profondément marqué le monde de l’art contemporain. Car au-delà du crime, c’est le symbole qui bouleverse : une femme partie défendre l’idée que la confiance pouvait rapprocher les êtres humains a été tuée précisément parce qu’elle avait accordé cette confiance.
Pour autant, nombreux sont ceux qui refusent d’y voir la preuve que son message était naïf. Ils rappellent que l’œuvre de Pippa Bacca n’était pas une démonstration statistique sur la sécurité du monde, mais une réflexion sur notre capacité à choisir l’ouverture plutôt que la peur. Son projet interroge encore aujourd’hui une question difficile : comment continuer à croire en l’humanité sans ignorer la réalité de sa violence ?
Près de vingt ans après les faits, son voyage demeure l’une des performances artistiques les plus bouleversantes du XXIᵉ siècle. Une œuvre interrompue par la barbarie, mais dont la portée continue d’alimenter la réflexion sur la confiance, le risque et la fragilité de nos idéaux.
