Tu cuisines.
Je dessine.
Nous passons pourtant nos journées à
recommencer.
Thierry Marx sourit.
C’est peut-être cela qui nous rapproche.
Les gens cherchent la nouveauté.
Parce qu’ils regardent le résultat.
Nous, nous regardons le geste.
Toujours le même.
Non.
Jamais le même.
Chaque geste porte le jour qui l’a vu naître.
Pourtant, je trace toujours la même ligne.
Et tu n’es jamais la même lorsque tu la traces.
Je me tais.
Je pense à ces milliers de dessins.
À ces heures où presque rien ne semble changer.
Et, où pourtant, tout se transforme.
Le sport nous a appris cela.
Oui.
Le corps ne comprend qu’une seule langue.
La répétition.
Il ne croit ni aux promesses.
Ni aux raccourcis.
Il croit à ce que l’on recommence.
Alors la discipline n’est pas une contrainte.
Non.
C’est une fidélité.
Revenir.
Même lorsque personne ne regarde.
Même lorsque le progrès est invisible.
Même lorsque le doute s’installe.
Et si l’on se lasse ?
Thierry Marx me regarde.
Alors on revient encore.
Non pour vaincre la solitude.
Pour retrouver le geste.
Le geste sait parfois avant nous pourquoi nous
sommes là.
Je pense à mon carnet.
À mes crayons.
À ces gestes répétés depuis tant d’années.
Ils ne m’ont pas seulement appris à dessiner.
Ils m’ont appris à demeurer présente.
Thierry Marx se lève.
Nous croyons répéter un geste.
En réalité, c’est lui qui nous recommence.
Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSIN L’ATTENTION : https://youtu.be/oG4FgFLLa0A
