Sur BFMTV, certains consultants ont une spécialité parfaitement délimitée. L’économie pour les uns, la justice pour les autres, la météo lorsque le ciel devient menaçant. Et puis il y a le général Jérôme Pellistrandi, dont le domaine d’intervention semble s’étendre à mesure que l’actualité mondiale se complique.
Une guerre éclate : Pellistrandi est là.
Un missile traverse un ciel étranger : Pellistrandi apparaît devant une carte.
Un chef d’État participe à des funérailles nationales : Pellistrandi décrypte le protocole, les rapports de force et les rencontres diplomatiques susceptibles de se produire entre deux couronnes mortuaires.
Le 14 Juillet approche : il reconnaît les régiments, les avions, les insignes et probablement la marque des lacets portés par les élèves de Saint-Cyr.
Le pape se déplace, meurt ou reçoit un dirigeant étranger : le général peut expliquer pourquoi le Vatican est à la fois un lieu religieux, un État souverain et une scène diplomatique.
Et lorsqu’une forêt brûle, comme récemment à Fontainebleau, Jérôme Pellistrandi se retrouve encore à l’antenne pour comparer les 1 920 hectares parcourus par les flammes à la superficie du 15ᵉ arrondissement de Paris ou du bois de Boulogne.
À ce rythme, on s’attend presque à le voir commenter prochainement une crue de la Seine, une panne géante de téléphone ou l’arrivée prématurée des moustiques tigres.
Un général toujours mobilisable
La plaisanterie serait facile si Jérôme Pellistrandi n’avait pas derrière lui un parcours particulièrement solide. Général de brigade en deuxième section, docteur en histoire, il est entré en service en 1980. Depuis 2014, il occupe le poste de rédacteur en chef de la *Revue Défense Nationale*, publication de référence consacrée aux questions stratégiques. Il est officiellement consultant défense de BFMTV depuis 2022.
Il ne s’agit donc pas d’un ancien militaire que l’on aurait placé devant une carte parce qu’il possède une veste sombre et sait prononcer correctement le nom des missiles russes. Pellistrandi connaît l’armée, ses structures, son histoire, son langage et ses rituels.
Cette culture militaire explique naturellement sa présence lorsqu’il faut commenter la guerre en Ukraine, les affrontements au Moyen-Orient, les capacités de l’armée française ou les évolutions de la doctrine nucléaire. Mais elle lui ouvre également les portes de toutes les éditions spéciales dans lesquelles apparaissent un uniforme, un drapeau, un cortège officiel ou une démonstration de puissance.
BFMTV l’a ainsi mobilisé pour commenter les cérémonies du 14 Juillet, aux côtés d’autres spécialistes militaires et politiques. Son nom figure régulièrement parmi les experts chargés d’accompagner la retransmission du défilé.
Il apparaît également dans les émissions consacrées aux commémorations, aux opérations de sécurité exceptionnelles ou aux grands événements internationaux. En juillet 2024, il analysait par exemple le dispositif hors norme mis en place autour des Jeux olympiques de Paris.
De la guerre au Vatican
L’étonnante polyvalence de Pellistrandi repose en réalité sur une logique assez cohérente. Les guerres, les cérémonies militaires, les funérailles nationales et les visites papales ont un point commun : ce sont des événements où les symboles comptent presque autant que les faits.
Une place dans un cortège n’est jamais totalement innocente. Une poignée de main peut devenir un message diplomatique. Un uniforme raconte une hiérarchie. Une minute de silence peut être un acte politique. Un défilé militaire n’est pas seulement une succession de véhicules et de soldats : c’est une représentation de la puissance nationale.
Même le Vatican entre dans ce champ. Lors de la mort du pape François, Pellistrandi soulignait lui-même que le centre diplomatique du monde se déplaçait temporairement vers Rome, où les obsèques et le conclave réunissaient responsables politiques, délégations étrangères et représentants religieux.
Quand Donald Trump, Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron et plusieurs dizaines de chefs d’État se retrouvent sur la place Saint-Pierre, il n’est plus seulement question de religion. Les regards, les placements et les conversations deviennent des événements géopolitiques.
Le général demeure donc, d’une certaine manière, dans son domaine. Un domaine devenu si large qu’il finit par recouvrir une bonne partie de l’actualité.
Et maintenant, les incendies
Son intervention sur l’incendie de Fontainebleau marque cependant une nouvelle étape.
Face à une catastrophe naturelle, on aurait pu attendre un spécialiste des feux de forêt, un officier de la Sécurité civile, un pompier ou un climatologue. BFMTV avait sous la main son consultant défense. Le général fut donc envoyé au front — médiatique, cette fois — pour mesurer l’étendue du désastre.
Et il a accompli la mission avec le sérieux habituel : chiffres précis, comparaison géographique et ton grave. En quelques secondes, 1 920 hectares de forêt sont devenus deux fois la superficie du 15ᵉ arrondissement et près de 10 % du massif de Fontainebleau.
Cette séquence illustre moins l’omniscience supposée de Jérôme Pellistrandi que le fonctionnement des chaînes d’information en continu. Lorsqu’un visage devient familier, crédible et disponible, il finit par être appelé pour tout événement nécessitant une parole d’autorité.
La télévision aime les spécialistes, mais elle préfère encore davantage les spécialistes capables de parler longtemps, clairement et sans paniquer lorsque les images défilent plus vite que les informations vérifiées.
Pellistrandi possède cette qualité rare. Il reste calme. Il structure son propos. Il replace l’événement dans un contexte plus vaste. Il sait meubler l’attente sans transformer chaque minute de direct en apocalypse imminente.
Le général de permanence
Jérôme Pellistrandi est ainsi devenu une sorte de général de permanence de BFMTV.
Il ne commande plus de régiment, mais il occupe un poste stratégique : celui qui consiste à maintenir l’ordre au milieu du chaos télévisuel. À lui les flèches sur les cartes, les cérémonies filmées depuis un hélicoptère, les convois militaires, les cercueils officiels, les avions de chasse, les fumées aperçues au loin et les questions auxquelles personne ne peut encore répondre.
Sa présence peut parfois prêter à sourire. Elle révèle aussi notre besoin de trouver une voix stable lorsque l’actualité semble devenue incompréhensible.
La prochaine fois qu’un événement exceptionnel se produira, inutile de consulter le programme de BFMTV. Qu’il s’agisse d’une offensive militaire, d’une visite du pape, d’un hommage national, d’un défilé aérien ou d’un feu menaçant une forêt, une certitude demeure : quelque part dans les studios, Jérôme Pellistrandi est probablement déjà en train d’ajuster son micro.
