Enfant, je ne lisais pas des histoires.
J’entrais dans des mondes.
Les mots ne restaient jamais des mots.
Ils devenaient des images.
Les paysages apparaissaient.
Les maisons existaient.
Les personnages s’approchaient.
Je ne les imaginais pas .
Je les rencontrais.
Alice fut l’une de ces rencontres.
Je ne voulais pas devenir Alice.
Je voulais rester auprès d’elle.
Parce qu’elle connaissait un pays qui
ressemblait au mien.
Un pays où l’imagination n’était pas une
échappatoire.
Mais une manière d’accueillir le
réel autrement.
Je crois que lire est une forme d’attention.
Une attention si profonde qu’elle donne un
visage aux mots.
Une voix aux silences.
Une présence à ceux qui n’existent que sur
le papier.
Alors, quelque chose d’extraordinaire
se produit.
Le livre cesse d’être un objet.
Il devient un passage.
Les personnages quittent les pages.
Ils prennent place dans notre vie.
Ils agrandissent notre famille.
Ils deviennent des frères.
Des soeurs.
Des compagnons silencieux.
Ils nous offrent cette joie rare.
Être reconnu sans avoir besoin de
se raconter.
Peut-être est-ce pour cela que je dessine.
Peut-être est-ce pour cela que j’écris.
À mon tour, j’aimerais fabriquer ces
petits objets.
Des objets que l’on tient dans une main.
Mais qui ouvrent un monde.
Qu’un lecteur les ouvre.
Qu’il y rencontre une présence.
Qu’il referme le livre avec le sentiment d’avoir
trouvé, quelque part, une famille qu’il ne
savait pas encore chercher.
Alors ce petit objet aura accompli sa
véritable tâche.
Non pas raconter une histoire.
Mais agrandir la vie de quelqu’un.
Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/kNrkVUlydMQ
