L’écriture, comme le dessin, me met
légèrement à l’écart.
Non pour quitter la vie.
Pour mieux l’entendre.
Je n’ai pas appris cette langue.
Je l’ai reconnue.
Elle était déjà là.
Bien avant les mots.
Enfant, une feuille blanche me semblait plus
accueillante que bien des conversations.
J’y respirais.
J’y pensais.
`J’y existais.
Le dessin fut ma première langue.
L’écriture est venue plus tard.
Non pour la remplacer.
Pour lui donner une autre voix.
Avant les mots, il y eut une ligne.
Puis une couleur.
J’ai compris, peu à peu, que chacun cherche
une langue capable de porter ce qu’il est.
La mienne est faite de dessins et de mots.
Les uns éclairent les autres.
Ils racontent une même présence.
Créer n’est pas une manière de se montrer.
C’est une manière de ne plus se cacher.
Ce n’est pas vouloir avoir raison.
C’est chercher à être juste.
Une ligne n’oblige personne.
Elle invite.
Une couleur ne conquiert rien.
Elle ouvre un espace.
Un texte n’arrête pas une guerre.
Mais il peut empêcher qu’un regard s’habitue
à la violence.
Nous parlons autant par les formes que par
les mots.
La mienne ne crie pas.
Elle ne menace pas .
Elle dessine.
Elle écrit.
Elle cherche.
Elle relie.
Une langue où l’attention est déjà une
manière d’agir.
Une langue qui ne cherche ni à vaincre ni à
convaincre.
Seulement à demeurer juste.
Je ne l’ai pas inventée.
Je lui suis restée fidèle.
Ecouter ce texte dit par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/A3ODQu40F94
