L’œuvre se compose d’une véritable robe confectionnée à partir de morceaux de viande de bœuf crue cousus sur un mannequin métallique. Au fil des jours, la viande sèche, se durcit, change de couleur et se transforme naturellement. La sculpture évolue ainsi avec le temps, faisant du vieillissement une partie intégrante de l’œuvre.
Le titre renvoie aux vanités, ces œuvres qui rappelaient, dès la Renaissance, que toute vie est éphémère. Sterbak invite à considérer le corps humain comme une enveloppe fragile, destinée à se transformer puis à disparaître.
L’inspiration lui serait venue après avoir rencontré un sans-abri albinos à New York, figure qui nourrit sa réflexion sur la vulnérabilité, l’exclusion et la précarité. Lorsque la viande blanchit, elle évoque les célèbres études anatomiques de la Renaissance, rappelant que sous la peau, tous les êtres humains partagent la même réalité biologique.
À sa présentation, la robe provoque un immense scandale. Beaucoup dénoncent le gaspillage alimentaire ou jugent l’œuvre répugnante. D’autres y voient au contraire une réflexion puissante sur notre rapport au corps, à la consommation, à la mort et à la société d’abondance.
Bien avant que Lady Gaga ne fasse sensation avec sa célèbre robe de viande en 2010, Jana Sterbak avait déjà démontré qu’un matériau aussi banal que la chair pouvait devenir un puissant langage artistique.
Près de quarante ans après sa création, cette œuvre continue de diviser. Et c’est sans doute là le signe des créations qui comptent : elles ne cherchent pas à plaire, mais à obliger chacun à regarder autrement ce qu’il croyait connaître.
