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Soutien à Barbara Butch car on peut ne pas l’aimer, mais on doit la défendre

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 Soutien à Barbara Butch car on peut ne pas l'aimer, mais on doit la défendre

On peut ne pas apprécier son univers, ses engagements, sa personnalité ou ses prestations. On peut même contester fermement ses prises de position politiques. Mais rien ne justifie les insultes antisémites, lesbophobes, grossophobes ou simplement haineuses dont Barbara Butch est devenue la cible.

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Défendre quelqu’un ne signifie pas nécessairement l’admirer.

C’est même lorsque nous ne partageons ni ses goûts, ni ses idées, ni sa manière d’être que notre attachement aux principes est véritablement mis à l’épreuve.

Barbara Butch ne fait probablement pas l’unanimité. Son esthétique est revendicative, sa parole militante, sa présence volontairement spectaculaire. Certains l’adorent. D’autres ne se reconnaissent absolument pas en elle. C’est leur droit.

Mais le droit de ne pas aimer une artiste ne donne pas celui de l’humilier, de la menacer ou de vouloir la faire disparaître de l’espace public.

Le samedi 18 juillet 2026, son concert au festival Cabaret Frappé, à Grenoble, a été interrompu après une vingtaine de minutes. La mairie a fait état de bouteilles en verre et d’autres projectiles lancés vers la scène, ainsi que d’actes de sabotage visant les installations électriques. Le spectacle a dû être arrêté pour assurer la sécurité de l’artiste, du public et des équipes techniques. Le 21 juillet, le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés ».

Les manifestants reprochaient notamment à Barbara Butch d’avoir signé une tribune soutenant la proposition de loi dite Yadan, présentée comme un texte destiné à combattre les nouvelles formes d’antisémitisme. Cette proposition a été fortement contestée, certains de ses opposants estimant qu’elle risquait de restreindre la liberté d’expression et de rendre plus difficile la critique de la politique israélienne. Barbara Butch a elle-même reconnu par la suite qu’elle n’aurait probablement pas dû signer cette tribune.

On peut donc critiquer son choix.

On peut combattre cette proposition de loi.

On peut défendre les Palestiniens, dénoncer la politique du gouvernement israélien et réclamer justice pour les populations civiles. Rien de cela n’est, en soi, antisémite.

Mais la discussion politique cesse lorsque commencent les insultes contre « la Juive », les attaques sur le physique, les menaces, les appels à la déprogrammation personnelle et les tentatives d’empêcher physiquement une artiste de monter sur scène.

Barbara Butch est depuis plusieurs années visée par un mélange particulièrement ignoble d’antisémitisme, de lesbophobie, de sexisme et de grossophobie. Après sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en juillet 2024, elle avait reçu des menaces de mort, de torture et de viol ainsi que des messages antisémites et homophobes. Quatre hommes ont depuis été condamnés par le tribunal correctionnel de Paris pour leur participation à ce cyberharcèlement, à des peines allant jusqu’à dix mois de prison ferme.

Ce ne sont donc pas de simples « critiques ».

Ce ne sont pas davantage quelques plaisanteries de mauvais goût qu’une personnalité publique devrait accepter au nom de sa notoriété.

C’est une entreprise de déshumanisation.

Certains semblent considérer qu’une femme grosse, lesbienne, juive et militante devrait constamment s’excuser d’exister. Son corps devient une cible. Son identité devient un argument. Ses éventuelles erreurs politiques deviennent un permis de l’insulter sans limites.

Il faut également résister aux récupérations opportunistes.

Certains responsables politiques qui n’ont jamais manifesté beaucoup de tendresse pour les personnes LGBT ou pour Barbara Butch se découvrent soudain une passion pour sa liberté artistique. Leur hypocrisie éventuelle ne change pourtant rien au fond du problème. Un principe juste ne devient pas faux parce qu’il est défendu par quelqu’un dont les intentions sont discutables.

Tous ceux qui critiquent Barbara Butch ne sont évidemment pas antisémites. L’affirmer serait malhonnête et empêcherait toute discussion sérieuse.

Mais prétendre que la dimension antisémite de certaines attaques n’existe pas serait tout aussi mensonger.

Lorsqu’une personne juive est tenue personnellement responsable de la politique d’un État étranger, lorsqu’on transforme sa judéité en preuve de culpabilité et lorsqu’on lui demande de rendre des comptes pour chaque décision du gouvernement israélien, une frontière dangereuse est franchie.

Barbara Butch doit pouvoir être critiquée comme n’importe quelle artiste.

Ni davantage parce qu’elle est juive, lesbienne ou grosse.

Ni moins parce qu’elle appartient à une minorité.

Mais elle doit pouvoir jouer, parler, créer et vivre sans être menacée.

La liberté d’expression ne consiste pas à exiger la disparition de ceux qui nous déplaisent. La liberté de manifester ne donne pas le droit de lancer des projectiles sur une scène ou de mettre en danger un public. Et la défense d’une cause juste ne peut jamais servir d’excuse à la haine d’une personne.

Qu’on soit fan ou non de Barbara Butch, elle mérite aujourd’hui d’être défendue.

Non parce qu’elle aurait toujours raison.

Mais parce que ses agresseurs ont profondément tort.

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