L’artiste a été épargné par l’épidémie, il se sent donc obligé de témoigner sur ce qu’il a vu, pour expliquer ce que ses toiles ne peuvent pas dire.
De son propre aveu, plus doué pour l’Art pictural que pour les Lettres, il entreprend tout de même la rédaction d’un manuscrit et se livrera corps et âme sur cet épisode dramatique et historique dans l’Histoire de la Ville, en toute sincérité, en toute vérité.
A travers ce récit, une terrible machination criminelle sera ainsi clairement identifiée. C’est à ce moment-là que le roman devient Polar, dans sa dénonciation des abus du pouvoir et ses conséquences épouvantables pour la population marseillaise.
On pense à Bergman et à son « Septième Sceau » et à d’autres films cultes ayant traités de ce thème avec une grande réussite artistique.
« Sortez vos morts » n’a rien à envier à ces glorieux aînés. Bruno Leydet excelle dans sa capacité à nous faire voyager trois siècles plus tôt dans une langue simple et claire, diablement efficace et belle, à travers un scénario fort bien maîtrisé et un sens du dialogue qui nous fait parfois penser que la « téléportation » littéraire existe belle et bien.
Serre a pour projet de traiter de la Pandémie dans une de ses toiles et c’est à ce moment là que de manière totalement fortuite il rencontre Jérome Cardinal, un marin d’origine génoise qui va lui révéler l’étrange genèse de l’arrivée de la maladie dans le vieux Port.
D’abord sceptique, Serre devra se rendre à l’évidence. Si la Peste a accosté à Marseille c’est pour des raisons politiques et religieuses. Le peintre et le marin se trouvent ainsi entraînés dans une enquête passionnante, mais révoltante.
Bruno Leydet redonne vie à l’Histoire de manière saisissante dans « Sortez vos morts » publié aux éditions Jigal. On suit les aventures des protagonistes avec une fièvre curieuse attentive et jubilatoire, l’auteur plante formidablement bien le décor, l’ambiance et campe avec talent ses personnages.
Sortez vos morts dépasse largement le roman régionaliste ou le livre de genre. Ce qui s’est "joué" à Marseille en 1720 a une valeur universelle. La lutte sempiternelle du bien contre la mal, des petits contre les puissants, qu’ils soient échevins, évêques ou marquis.
Le polar met une focale sur ses dessous de l’Histoire qu’on méprise trop souvent et qui enrichissent la grande Littérature.
A lire absolument.
