Je marche dans Paris.
Je n’ai rendez-vous avec personne.
Je marche pour marcher.
Les feux changent de couleur.
Les portes du métro s’ouvrent et se referment.
Les terrasses débordent.
Les conversations passent.
La ville avance.
Moi, je regarde.
Rue Saint-Martin.
Une petite pancarte orange.
Je m’arrête.
Quelques lignes.
Un prénom.
Sabrina.
Cinquante-quatre ans.
Sans domicile fixe.
Décédée ici, le 29 décembre 2025.
À côté, une seconde pancarte annonce la
date de son inhumation.
Le collectif Les Morts de la Rue.
Autour de moi, les passants poursuivent
Leur chemin.
Je ne connais rien de Sabrina.
Ni son visage.
Ni sa voix.
Ni son histoire.
Nous avons presque le même âge.
Je reste devant son prénom.
Quelques lettres.
Rien de plus.
Et pourtant, je n’arrive pas à repartir.
Je pense aux enfants qui apprennent à écrire
leur prénom.
Ils ne savent pas encore écrire.
Ils dessinent.
Chaque lettre est un geste.
Chaque geste demande un attention entière.
Avant les phrases.
Avant les récits.
Il y a ce premier tracé.
Un prénom est la première forme dans
laquelle nous nous reconnaissons.
Je regarde encore celui de Sabrina.
Je ne connais pas son visage.
Mais son prénom suffit.
Je repars.
Paris reprend son mouvement.
Les vitrines.
Les cafés.
Le bruit.
Les pas.
Tout est resté à sa place.
Moi, je marche avec un prénom.
Sabrina.
Ecouter la version audio lue par l’auteure de ce texte sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/4IIyzhfR0Bo
