Je n’ai jamais voulu être une princesse.
Je voulais être Mary Poppins.
Je savais peu de choses d’elle.
Je ne savais pas si elle était mariée.
Si elle avait des enfants.
Elle n’appartenait à personne.
C’était cela qui me fascinait.
Elle parlait peu.
Elle chantait.
Elle dansait.
Elle marchait.
Elle ouvrait les fenêtres.
Elle refermait les tiroirs.
Elle tendait la main.
Je ne regardais pas la magie.
Je regardais son corps.
Sa manière d’entrer dans une pièce.
De s’arrêter.
De sourire.
De repartir.
Chaque geste semblait juste.
Rien n’était spectaculaire.
Tout devenait évident.
Ce qui m’émerveillait n’était pas ce qu’elle
faisait apparaître.
C’était ce qu’elle faisait disparaître.
Le bruit.
Le désordre.
L’agitation.
Elle tranchait.
Alors l’espace respirait.
Les objets retrouvaient leur place.
Les enfants aussi.
Les femmes qui nous construisent parlent
rarement de la liberté.
Elles la rendent visible.
Dans une manière de marcher.
De regarder.
De toucher les choses.
De quitter un lieu.
Lorsque je dessine, je ferme un tiroir.
Je déplace une chaise.
J’aligne quelques crayons.
Je respire.
Puis j’attends.
Le trait vient.
Le merveilleux est peut-être cela :
refermer un tiroir,
ouvrir une fenêtre,
tendre la main,
et rendre au monde
son évidence.
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