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Pourquoi dit-on « mon général » même quand le général n’est pas le nôtre ?

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 Pourquoi dit-on « mon général » même quand le général n'est pas le nôtre ?

Cette curieuse formule ne signifie évidemment pas que le général nous appartient. Héritée des usages militaires, elle est avant tout une marque de déférence. Mais contrairement à ce que l’on croit souvent, un civil peut parfaitement s’adresser autrement à un officier général.

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« Bonjour, mon général. »

La formule paraît si naturelle que personne ne s’interroge vraiment sur son étrange construction. Pourquoi employer le mot « mon » devant le grade d’un homme qui ne dépend pas de nous et auquel nous ne sommes pas nécessairement liés ? Et surtout, pourquoi un civil devrait-il reprendre une expression appartenant à la hiérarchie militaire ?

Commençons par une petite précision grammaticale : dans « mon général », le mot « mon » n’est pas un pronom possessif, mais un **déterminant possessif**. Pourtant, dans cette expression, il n’exprime pas véritablement la possession. Personne ne prétend posséder un général comme on possède son manteau ou son téléphone.

Une marque de déférence militaire

Dans l’armée française, le mot « mon » placé devant un grade est traditionnellement employé par un militaire lorsqu’il s’adresse à un supérieur. On dit ainsi « mon lieutenant », « mon capitaine », « mon commandant », « mon colonel » ou « mon général ».

L’Académie française définit cet usage comme une marque de déférence envers un supérieur. Elle précise également que cette pratique n’a pas cours de la même manière dans la Marine nationale, qui possède ses propres traditions et ses propres appellations.

Le « mon » indique donc moins une possession qu’une relation institutionnelle : celui qui parle reconnaît le grade, l’autorité et la place de celui auquel il s’adresse.

La formule pourrait presque être comprise ainsi :

- « Général dont je reconnais l’autorité et le rang. »

Évidemment, personne ne prononce cette longue phrase. L’armée, qui apprécie les formulations brèves et immédiatement compréhensibles, l’a condensée en deux mots.

Une possible contraction de « Monsieur le général »

Une explication traditionnelle veut également que « mon général » soit une ancienne forme abrégée de « Monsieur le général ».

Cette origine reste présentée avec prudence par les dictionnaires : le CNRTL parle d’une formule qui serait **peut-être** issue d’une ancienne abréviation de « Monsieur le général ».

L’hypothèse est néanmoins cohérente avec l’histoire du mot « monsieur ». Celui-ci vient lui-même de l’association de « mon » et de « sieur », ancien terme signifiant « seigneur » ou « sire ». À l’origine, « monsieur » signifiait donc littéralement « mon seigneur », avant de devenir une simple formule de civilité.

Le vocabulaire de la politesse conserve ainsi des traces de sociétés anciennes, fortement hiérarchisées, dans lesquelles la manière de nommer quelqu’un indiquait immédiatement sa position sociale.

Un civil doit-il vraiment dire « mon général » ?

Non.

C’est ici que l’habitude collective entretient une confusion. L’obligation militaire ne s’applique pas automatiquement aux civils. L’Académie française indique explicitement qu’un civil peut s’adresser à un officier en disant simplement :

« Général. »

Il peut aussi employer la formule :

« Monsieur le général »,

notamment dans une lettre, une cérémonie ou une situation officielle.

Lorsqu’un civil dit « mon général », il adopte volontairement l’usage du monde militaire. Il manifeste du respect pour le grade, mais ne reconnaît pas pour autant une autorité directe sur sa propre personne.

Il ne devient pas soldat pendant quelques secondes. Il emprunte simplement un code.

C’est exactement comme lorsque l’on dit « Maître » à un avocat ou à un notaire, « Monsieur le Président » à un élu ou « Monseigneur » à un dignitaire religieux. Ces appellations ne décrivent pas une relation personnelle. Elles reconnaissent une fonction, une tradition ou une dignité.

Le grade dépasse parfois l’uniforme

Les hauts grades militaires possèdent une particularité : ils continuent souvent d’accompagner ceux qui les ont portés, y compris lorsqu’ils ne sont plus en activité.

Un ancien général demeure fréquemment appelé « général » dans la vie publique, dans les médias ou lors des cérémonies. Le grade devient presque une partie de son identité sociale. Le ministère des Armées utilise encore très régulièrement la formule « mon général » dans ses discours et cérémonies officielles.

Cette permanence explique que les civils aient fini par intégrer eux-mêmes cette formule. À force de l’entendre dans les commémorations, les films, les reportages et les discours officiels, « mon général » est devenu, dans l’imaginaire collectif, la manière spontanée de s’adresser à un général.

Une survivance plus symbolique que grammaticale

Le « mon » de « mon général » appartient donc à ces expressions dont la logique ne peut pas être comprise uniquement avec la grammaire moderne.

Il ne signifie pas :

« Vous êtes mon général personnel. »

Il signifie plutôt :

« Je reconnais le rang que vous portez et j’adopte la formule traditionnellement associée à ce rang. »

Un militaire l’emploie parce que les usages de son institution le lui demandent. Un civil peut l’employer par respect, par habitude ou par goût du protocole. Mais il peut également dire « Général » ou « Monsieur le général » sans commettre la moindre impolitesse.

La langue française aime conserver ces petites traces du passé. Elles rappellent qu’avant d’être une simple manière de transmettre une information, la parole servait aussi à indiquer la place de chacun.

Ainsi, lorsque nous disons « mon général », nous ne revendiquons aucun droit de propriété.

Nous faisons simplement défiler, en deux mots, plusieurs siècles de hiérarchie, de politesse et de tradition militaire.

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