J’aimerais parfois partir sans m’emporter
avec moi-même.
Non pour disparaître.
Non pour devenir quelqu’un d’autre.
Simplement éprouver, quelques heures, ce
que l’on ressent lorsque l’on ne porte plus sa
propre présence.
Nous pouvons quitter une maison.
Changer de ville.
Prendre un train.
Traverser un pays.
Recommencer ailleurs.
Mais il existe une demeure qui voyage
toujours avec nous.
Nous-mêmes.
C’est la seule maison dont nous ne pouvons
jamais franchir le seuil en la laissant derrière
nous.
Certains jours, les fenêtres sont ouvertes.
L’air circule.
Le monde entre doucement.
D’autres jours, les murs semblent se
rapprocher.
Chaque bruit continue de résonner.
Chaque regard demeure.
Chaque émotion cherche un endroit où rester.
Alors naît un désir étrange.
Non pas fuir la vie.
Seulement se quitter un instant.
Mais on ne déménage pas de soi-même.
J’ouvre un carnet.
Une feuille blanche.
Une première ligne.
Puis une seconde.
Le dessin déplace les murs invisibles.
Il ouvre une fenêtre là où je croyais le
mur définitif.
Il fait entrer de l’air dans une pièce qui
en manquait.
Je demeure la même.
Le monde demeure le même.
Pourtant, quelque chose respire autrement.
Depuis, je ne cherche plus à partir.
Je cherche à rendre habitable l’endroit d’où je
regarde le monde.
Peut-être est-ce cela, dessiner.
Ouvrir, dans la seule maison que nous ne
quitterons jamais, une fenêtre que nous
n’avions encore jamais remarquée.
Ecouter ce texte lu par par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/Hg-RJAq7pTM
