J’ai un petit acte de survie douce.
Une hygiène mentale.
Mon outil de régulation.
La marche.
Lorsque je reste trop longtemps immobile,
Quelque chose se dérègle.
Les pensées s’accumulent.
Reviennent.
Se heurtent.
Le monde devient trop bruyant.
Alors je marche.
Un matin, mon téléphone sonne.
Une voix grave.
Lointaine.
Presque minérale.
Seules les pensées marchées valent quelque chose.
Je souris.
Friedrich ?
Un silence.
Puis un seul mot.
Marche.
La ligne se coupe.
Je glisse le téléphone dans ma poche.
Et j’avance.
Au bout de quelques minutes, le souffle retrouve son rythme.
Les pas aussi.
Puis les pensées.
J’aime l’ordre que la marche produit dans mon cerveau.
Les idées cessent de se poursuivre.
Elles prennent leur place.
Le monde aussi.
Je n’ai jamais eu l’impression que la pensée habitait uniquement la tête.
Elle circule dans les jambes.
Dans la respiration.
Dans le poids du corps qui rencontre le sol.
Certaines idées attendent un chemin.
Une montée.
Le vent.
Le silence.
Je reprends souvent les mêmes itinéraires.
Non par habitude.
Par confiance.
Le chemin n’a plus besoin de moi.
Je peux enfin prêter attention à ce qui vient.
C’est là que je reconnais le geste du dessin.
Je dessine comme je marche.
Sans connaître exactement la destination.
Une ligne appelle la suivante.
Comme un pas appelle un autre.
Je ne cherche pas à maîtriser le dessin.
Je lui donne simplement la possibilité d’avancer.
Peu à peu, une forme apparaît.
Elle ne répond pas à un projet.
Elle répond à un mouvement.
Je ferme parfois les yeux quelques secondes
avant de reprendre mon crayon.
J’écoute encore le rythme de la marche.
Il est toujours là.
Sous le silence.
Sous la main.
Chaque ligne est un pas qui a trouvé le papier.
Ecouter la lecture de ce texte par son auteure sur sa page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/KrX5SjTe5XQ
