Le monde ne cesse jamais de changer.
La lumière.
Le ciel.
Les saisons.
Les visages.
Les pensées.
Tout se déplace.
Tout appelle l’attention.
Je n’ai jamais éprouvé le besoin d’ajouter du mouvement à ce qui en contenait déjà tant.
J’ai préféré laisser certaines choses demeurer.
Un repas.
Une heure.
Un chemin.
Quelques gestes.
Toujours les mêmes.
Cette fidélité n’est pas une habitude.
C’est un appui.
Je mange souvent les mêmes repas.
Je connais leurs couleurs.
Leurs textures.
Leur température.
Ils ne me demandent plus de choisir.
Ils ne me demandent plus de décider.
Ils me rendent une attention que je préfère offrir ailleurs.
Au dessin.
À l’écriture.
Au monde.
Nous croyons volontiers que la création naît de la nouveauté.
Je crois qu’elle naît aussi de quelques fidélités.
Une vie entièrement mouvante finirait par disperser le regard.
Une vie entièrement immobile finirait par l’éteindre.
Créer demande un équilibre plus discret.
Conserver un point fixe.
Pour pouvoir tout le reste explorer.
Le dessin commence toujours sur une feuille immobile.
C’est elle qui rend le mouvement possible.
Je crois qu’une existence ressemble parfois à cette feuille.
Elle aussi a besoin d’une part qui demeure.
Non pour empêcher le voyage.
Mais pour que chaque trait sache enfin d’où il part.
Ecoutez la lecture de ce texte par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/PmFVpqWFTNA
