Art of Juliette

L’impolitesse du regard.

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L'impolitesse du regard.

« Certaines oeuvres ne nous apprennent pas à voir.
Elles nous rendent la liberté de ne plus détourner les yeux de ce que nous voyons. »

Le dessin ne transforme pas seulement notre manière de regarder. Il suspend les conventions silencieuses qui disciplinent le regard. Certaines oeuvres nous rappellent qu’il existe une fidélité plus ancienne que les habitudes : celle que nous devons à notre propre perception.

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Il existe des dessins qui ne cherchent jamais à convaincre.

Ils n’imposent aucune vérité.
ils n’exhibent aucune virtuosité.

Ils demeurent simplement fidèles à ce qu’ils voient.

Cette fidélité suffit à déplacer la nôtre.

Le regard apprend très tôt la politesse.
Il apprend ce qu’il faut remarquer.

Ce qu’il faut ignorer.
Ce qui mérite d’être vu.

Ce qui peut rester invisible.

À force de vivre parmi les autres, il finit par regarder selon des habitudes qui ne sont plus les siennes.

Il devient prudent.
Prévisible.

Il s’excuse presque d’être singulier.

Puis un dessin apparaît.
Une ligne avance sans demander l’autorisation.

Un vide demeure vide.
Une hésitation n’est pas corrigée.

Le papier accueille ce qui n’aurait peut-être trouvé sa place nulle part ailleurs.

Alors quelque chose se dénoue.
Le regard cesse de se surveiller.

Il ne cherche plus à vérifier s’il voit correctement.
Il retrouve une confiance plus ancienne que les conventions.

Je comprends alors que ce qui me relie à certaines oeuvres n’est ni leur époque, ni leur style, ni même leur auteur.

C’est leur intégrité.

Elles n’ont pas négocié avec leur manière de voir.

Chaque trait en porte la mémoire.
Chaque blanc en garde le silence.

Le dessin est peut-être la forme la plus discrète de l’impolitesse.

Non parce qu’il refuse le monde.
Mais parce qu’il refuse de le regarder comme il conviendrait de le regarder.

Cette impolitesse n’est ni une provocation ni une révolte.
C’est une fidélité.

Elle ne cherche pas à être différente.
Elle accepte seulement de ne pas trahir ce qui s’est présenté au regard.

Peut-être est-ce cela que les grandes oeuvres transmettent de génération en génération.

Non une manière de dessiner.
Mais le courage de demeurer fidèle à sa propre perception.

Le dessin n’invente pas un regard singulier.

Il lui permet enfin de ne plus se cacher.

Ecoutez ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/z7CLmU7GnK4

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