Drapeaux en berne : Jaurès « revient parmi les siens ... » !

Drapeaux en berne : Jaurès « revient parmi les siens ... » !

En cette année 2005, où la France fête cette année le centenaire de la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il n’ y avais pas de pire moment pour trahir cette avancée majeure, qui pourrait faire de notre pays un exemple de laïcité et donc aussi de tolérance. A l’occasion du décès de Jean-Paul II et des mesures prises par les autorités Françaises (mise en berne des drapeaux et autres consignes aux préfets), nos hommes politiques vous ont bel et bien trahis, vous défenseurs de la laïcité, tels Victor Hugo, vous les Aristide Briand et Jean Jaurès, pères fondateurs séparation de l’église et de l’état (loi 1905) !

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Que disait cette loi pour laquelle vous vous êtes battus ? La république laïque assure la liberté de conscience, garanti la liberté de culte mais n’en reconnais aucun. (Le Pape pie X en 1906 l’avait d’ ailleurs clairement condamnée.)
Une rare unanimité salue le bilan de ce pape, c’est à en demander si nous ne sommes pas sur radio-tv Vatican ; de même la presse et la classe politique ne tarissent pas d’éloges, et l’on pourrait se croire dans remake version "catho." de l’Iran ou autre pays islamique, qu’il est ici de bon ton de critiquer.

Tout commence avec un texte officiel, du ministère de l’intérieur à destinations des préfets de France, sur les modalités liées au décès du pape Jean - Paul II. On peut y lire : "conformément à la tradition, le gouvernement a décidé que les drapeaux devaient être mis en berne sur les bâtiments publics," (inclus aussi, les écoles et lycées par exemple) avec aussi l’injonction à se rendre " selon les usages constants à assister au service funèbre organisé dans votre département par l’autorité ecclésiastique à la mémoire de sa Sainteté." (C’est bien une injonction à caractère obligatoire car dans la phrase suivante, on notera une nuance laissant cette fois le choix aux préfets : "Enfin, si une telle démarche vous parait opportune localement, je vous invite à effectuer une visite de condoléances auprès de l’évêque installé dans votre département.”)

Une contestation importante naît rapidement (1), et le ministère de l’Intérieur soulignant que ces mesures "ont été appliquées à l’occasion des décès de Pie XII, Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul 1er, comme sous les précédentes Républiques". Première fausse note, car d’ après Michel Charasse, les drapeaux avaient été mis en berne en France pour Pie XII, Paul VI et Jean-Paul 1er, mais pas pour Jean XXIII, pourtant ensuite béatifié. (Appel aux historiens pour trancher définitivement, écrivez- nous !) .

Matignon justifie la mise en berne des drapeaux sur les édifices publics, après le décès de Jean Paul II, en révélant qu’il s’agissait aussi d’un chef d’État. "La tradition républicaine s’applique aux chefs d’État en fonction avec lesquels la France entretient des relations privilégiées". Seconde belle fausse note, les quelques hommes politiques rebelles à ces mesures, citent les exemples de Itzhak Rabbin, prix Nobel de la paix , ancien premier ministre Israélien assassiné, ou aussi de Hassan II, chef d’Etat et Commandeur des croyants, et encore de pour Léopold Sédar Senghor, président de la république du Sénégal et membre de l’Académie française, dont aucun n’ a eu droit à cette faveur... Cela amènerai à penser qu’il s’agit bien du responsable religieux et non politique, qu’est le pape.
De plus, d’ après plusieurs sources, un grand nombre (voire toutes ...) les mairies de villes et communes n’ont pas reçu de consignes Quand à la mise en berne des drapeaux pour la mort de Rainier, pour un état finalement plus grand que celui du Vatican avec lequel nous entretenons de très bonnes relations.

L’UMP s’est dite "choquée par une polémique qui traduit une intolérance d’un autre âge : la laïcité, ce n’est pas la négation de la religion, a fortiori quand cette religion est la première de notre pays". La première religion de France est tout d’ abord, les non croyants (beaucoup de baptisés sont non-croyants...), et quand bien même les chrétiens seraient plus nombreux même que les athées, cela ne doit pas donner à la religion chrétienne et aux croyants des droits supérieurs à ceux de tout autre citoyen ! C ’ est le sens même de l’article 2 des droits de l’homme qui garanti notamment”les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, "sans distinction aucune",.... "de religion"
Or ces mesures, ces faveurs sont- elles accordées aux autre religions, à travers l’exemple du chef d’Etat et Commandeur des croyants Hassan II, on voit bien que non ! Comme le déclarait Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, "Je ne suis pas sûr qu’au décès du Dalaï Lama, (...) on mettrait les drapeaux en berne", (sur France-2).

Il ne s’agit pas dans cette polémique de nier la religion, mais de s’interroger sur l’égalité des traitements aux religions, repensez à Jaurès, messieurs de l’ UMP, "la république assure la liberté de conscience, garanti la liberté de culte mais n’en reconnais aucun ", oui ne reconnais aucun culte donc à fortiori n’en favorise ou pénalise aucun !
Alors comment comprendre que Mr Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, vice-président du Sénat, ait offert une demi-journée de congé aux 16.000 agents de la municipalité et de la communauté urbaine de Marseille vendredi « pour leur permettre d’assister à la retransmission des funérailles du pape ou de se recueillir ». Il devrait alors, quitte à violer l’esprit de la loi de 1905, au moins respecter l’ article 2 des droits de l’homme, et donc donner cette même autorisation aux musulmans lors du décès d’un leader de type Hassan II, ou aux bouddhistes lors du décès du Dalaī Lama, ou des membres de la religions hébraïque, et aux protestants, dans des circonstance analogues, etc...
On voit bien que cela est irréalisable ... ou alors, on ne travaillera plus beaucoup à la mairie de Marseille !

Cette anecdote nous amène au coeur de la problématique, dramatique pour l’avenir de notre pays !
E n effet , si l’ état républicain et laïque ne doit pas favoriser une religion , elle ne doit pas non plus défavoriser d’ autres cultes , on voit clairement que les musulmans sont discriminés : le cas d’ Hassan II est un détail révélateur, la loi récente qu’on ose nommer sur la "laïcité" est dirigée à l’ encontre du voile islamique, et pourtant dans le même temps , jamais une croix catholique n’ a posé problème, le voile interdit alors que figurent encore dans des écoles rurales et mêmes des bâtiments public, quelques croix catholiques éparses ! Par contre, on met le drapeau en berne dans les écoles, est-ce que l’on veut que l’intégrisme recrute plus facilement des candidats dans les écoles ?
Le problème devient encore plus aigu lorsqu’il se mélange avec le racisme ambiant dans notre pays, se traduisant par exemple par la discrimination à l’embauche de jeunes Français issus de l’immigration. C’est à eux que devrait penser le législateur !

Pendant ce temps les fondamentalistes, et autres intellectuels de cette mouvance n’ont qu’à saisir les arguments qui leur sont amenés sur un plateau !

L’heure n’est pas à la polémique, a dit le PS, « compte tenu de la grande popularité de ce pape et par respect pour les millions de catholiques qui sont en deuil », à l’image de Bertrand Delanoë, le pourtant très progressiste maire PS de la Paris, qui a appelé à "la sérénité" et au "rassemblement" et s’est dit "très favorable" à ce qu’un site de Paris porte le nom de Jean Paul II. Toujours pareil, il ne faudra refuser cette faveur à aucune religion !

Le président de l’UMP Nicolas Sarkozy a qualifié de "ridicule" cette polémique. "La laïcité à la Française, ce n’est pas une prohibition, c’est la reconnaissance d’un droit", (sur RTL) Oui, c’est surtout la reconnaissance du droit d’être catholique de préférence ! Bien sûr Mr Sarkozy, tout cela est ridicule, pour un ex-ministre de l’ intérieur qui n’ hésite pas à faire des raccourcis avec les droits de l’homme et la liberté d’ expression, on ne peut plus siffler ou huer la Marseillaise, texte parlant pourtant ’’ d’ un sang impur’’ qui abreuverai ’’nos sillons’’, on ne peut plus mendier en groupe, ni faire de spectacle de rue ( ce qui peut être assimilé) , ni se réunir dans les cages d’ escalier, droits pourtant garantis par les droits de l’ homme tant que ces comportements n’ empêchent d’ autres personnes d’exercer les leurs .
D’ après l’ avis majoritaire, la télévision publique ( et privée..) s’ étant transformée en canal d’ expression du Vatican, on dresse de l’ action du pape, un bilan d’ exception . A l’image du président Chirac, qui qualifiait ce bilan d’exceptionnel : "Je veux exprimer l’hommage de la France à celui qui aura porté avec ferveur, conviction, courage, de façon incomparable une parole d’espérance pour tous les peuples du monde”. On pourrait avoir une pensée pour les peuples en voie de développement, comme l’Afrique ou le virus du sida tue tellement, et où l’on attend toujours une consigne en faveur du préservatif. Pire, la situation dénoncée par les professionnels de santé, par plusieurs responsables de l’ église, répandent des rumeurs sur la non efficacité des préservatifs, tandis que leur utilisation est loin d’ être acquise par tout les habitants des pays en voie de développement !

Quand au PCF, il mentionne "un héritage complexe et contradictoire”. Contradictoire certes : Alors que certaines associations tels act-up vont jusqu’ à le traiter le défunt pape " d’assassin", on peut s’étonner qu’un pape déclarant que "le secret de la paix véritable réside dans le respect des droits humains " n’ait en tant que chef de l’état du Vatican, toujours pas ratifié la déclaration des droits de l’homme !
La quasi totalité des médias traditionnels, dont le rôle est l’information, ont aussi omis de rappeler que ce pape était membre de l’opus déi, et canonisateur du très controversé Josemaría Escrivá de Balaguer, fondateur de ce mouvement classé comme secte en Belgique, et dénoncé comme tel par plusieurs sites et associations traitant des sectes.
L’ UFAL, Union des Familles Laïques présente le portrait d’un pape "proche de l’extrême droite catholique". Sous cette influence, l’Eglise a combattu le droit à la contraception, le droit à l’avortement (même en cas de viol ou de risque vital pour la mère enceinte), droit au divorce, droit à choisir sa sexualité, droit à se protéger du sida par le port du préservatif, le droit à la liberté de conscience, droit de choisir sa mort... De nombreux chrétiens contestent sa position envers Pinochet à qui il a fait l’honneur de sa bénédiction , et d’ ailleurs, le journal Témoignage Chrétien, ainsi que beaucoup de catholiques, fut choqué par l’intervention du Vatican auprès du gouvernement britannique, pour lui demander l’abandon des poursuites contre le général Pinochet .
De même, Christian Terras, directeur du magazine chrétien (et critique) Golias a évoqué "un conservatisme qui a viré au fondamentalisme vers la fin".

Voilà Mr Jaurès, ce qu’un des fondateurs de la laïcité, un de ces libres penseurs qui firent la fierté de notre pats, n’auraient pas manqué de remarquer aujourd’hui ; sans oublier le respect de la nécessaire diversité de croyance et de ceux qui souffrent de la perte de leur leader religieux.

(1) Certains hommes politiques et syndicats, ainsi que quelques associations réaffirment néanmoins leur conception de la laïcité : (liste non exhaustive de noms et d’arguments).

Le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon pense que c’est "une sorte de faveur qui est faite à une religion". Il souhaite une "laïcité absolument sans ombre, sans demi-teinte".
Arnaud Montebourg a invité les maires à "ne pas se soumettre" aux injonctions officielle de mise en berne des drapeaux.
Michel Charasse : "La République n’a pas à rendre hommage à un chef religieux quel qu’il soit”. Et si ce geste s’adresse au chef d’Etat qu’était Jean Paul II, le sénateur PS a souhaité qu’une "règle" soit fixée en la matière.
François Bayrou, pourtant héritier de la tradition démocrate-chrétienne en appelle à " la distinction qu’il faut faire entre convictions spirituelles et choix politiques nationaux".
L’adjoint au maire de Paris Christophe Girard s’ inquiète : "A un moment où nous appliquons une loi sur les signes religieux dans nos écoles, c’est un signe un peu ambigu envoyé aux jeunes générations principalement issues de l’immigration", Il ajoute : "Je ne suis pas sûr qu’au décès du Dalaï Lama, (...) on mettrait les drapeaux en berne", déclarai-t-il sur France-2, Suivi sur ses positions par son collègue Yves Contassot, autre adjoint écologiste du maire de Paris.
Le socialiste Jean-Pierre Blazy Député de la 9e circonscription du Val d’Oise a tenu a faire savoir qu’il était "resté assis", jugeant que l’Assemblée devait "tenir une certaine distance" face
a un chef religieux.
Olivier Besancenot : "il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures, par exemple vis-à-vis d’une communauté issue de l’immigration d’un côté et de l’autre une communauté catholique", a-t-il insisté sur RTL.

Dans un communiqué, qu’elle signe avec le sénateur Robert Bret , la présidente du groupe communiste à la mairie de Marseille déclare que « la foi est une affaire privée » et qu’il « est du devoir des élus de la République de se le rappeler en cette année du centième anniversaire de la laïcité ».
Le syndicat UNSA-Education s’est indigné pour sa part d’une "laïcité sélective".
La FSU déplore "de nombreux signes ostensibles de présence des plus hautes autorités de l’Etat aux cérémonies religieuses".
La Fédération des parents d’élèves des écoles publiques (FCPE) a protesté, mardi dans un communiqué, contre la décision gouvernementale de faire mettre les drapeaux en berne au fronton des établissements scolaires

(FCPE ) la Ligue des droits de l’homme, dont le président, Michel Tubiana, juge l’hommage des pouvoirs publics « malvenu », ou encore la FSU, qui « (s)’interroge » sur ces « signes religieux ostensibles » sur les écoles.
Le conseiller général de Magnanville, André Sylvestre, n’a pas souhaité non plus appliquer la directive ministérielle : « Je me contente d’appliquer l’article 2 de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Pour moi, ça ne se justifie pas ».

Le maire socialiste de Saint-Nazaire, Joël Batteux, a motivé sa décision en excipant du principe de laïcité qui sépare Etat et religion

Manuel Diaz le maire communiste d’Aniane, a refusé de mettre les drapeaux en berne. "Notre République est laïque et elle doit le rester. L’Eglise, c’est l’Eglise et l’Etat, c’est l’Etat" "il n’y a pas que des chrétiens en France".

Alain Delhotal, maire (PS) de Xirocourt, en Lorraine, et membre du comité directeur de l’association des maires de France, s’est « étonné de l’absence de consignes pour la mort du prince Rainier".

le 09/04/2005
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