Je pense souvent aux dessins des grottes de Lascaux.
Pas parce qu’ils seraient les premiers.
Parce qu’une main est encore là.
L’homme a disparu.
Son nom aussi.
Mais son geste continue de respirer.
Chaque fois qu’un dessin me bouleverse, je ne rencontre pas seulement une oeuvre.
Je rencontre une main qui a refusé de laisser mourir ce qu’elle avait vu.
Depuis Lascaux, les mains se succèdent.
Aucune ne possède le dessin.
Aucune ne commence l’histoire.
Chacune reçoit un geste.
Chacune le transforme.
Puis le confie à une autre.
Les artistes qui m’ont précédée ne m’ont pas appris à dessiner.
Ils ont fait quelque chose de plus précieux.
Ils m’ont appris que ce que je portais en silence appartenait déjà à cette longue mémoire.
Avant eux, je croyais mes sensations isolées.
Grâce à eux, j’ai compris qu’elles étaient anciennes.
Elles avaient déjà trouvé des lignes, des couleurs, des rythmes.
Elles attendaient simplement de continuer leur voyage.
Je ne me sens plus seule devant une feuille.
Je me sens précédée.
Et, en même temps, responsable.
Chaque trait que je laisse répond à un autre trait.
Chaque dessin remercie une main que je ne connaîtrai jamais.
Et prépare peut-être la rencontre d’une autre, que je ne connaîtrai pas davantage.
Créer n’est peut-être rien d’autre que cela.
Recevoir un geste.
L’habiter de sa propre vie.
Puis le rendre au monde, afin qu’une autre main puisse, un jour, le reprendre.
Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/8vmJdisA34k
