Je n’ai jamais cherché des maîtres.
Je cherchais des êtres chez qui le monde résonnait comme il résonnait en moi.
Je ne les ai pas rencontrés.
Je les ai reconnus.
La différence est immense.
L’admiration garde une distance.
La reconnaissance l’efface.
Certaines oeuvres ne m’ont pas appris à regarder.
Elles ont simplement confirmé que je n’étais pas seule à regarder ainsi.
Je croyais entrer dans un livre.
Je retrouvais une présence.
Je croyais contempler un tableau.
Je retrouvais un silence que je connaissais déjà.
Je croyais écouter une musique.
Je retrouvais un rythme qui m’habitait depuis toujours.
C’est ainsi que les artistes sont devenus ma famille.
Non parce que nous avons vécu les mêmes vies.
Mais parce que nous appartenions, je le pressentais, à une même nécessité intérieure.
Ils ne m’ont jamais demandé de penser comme eux.
Ils m’ont donné la liberté de penser comme moi.
Ils ne m’ont jamais appris à dessiner.
Ils m’ont confirmé que cette manière d’habiter le monde pouvait devenir une oeuvre.
Je ne connais pas leurs voix.
Je ne connais pas leurs gestes.
Pourtant, je reconnais leur présence avec une familiarité qui dépasse parfois celle de ma propre histoire.
Voilà pourquoi je parle de famille.
Une famille est faite de ceux auprès de qui l’on cesse enfin de se sentir étranger.
Les oeuvres les plus importantes de ma vie ne m’ont jamais offert un refuge.
Elles m’ont offert une appartenance.
Et peut-être est-ce cela, au fond, la plus belle définition de l’art.
Reconnaître quelqu’un que l’on ne rencontrera jamais, et découvrir, dans cette rencontre impossible, que l’on n’a jamais été tout à fait seul.
Ecoutez ce texte lu par son auteure sur la chaîne YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/SbqbbVBJxkQ
