Dessiner, c’est mettre une forêt au centre d’un boulevard parisien.
Non pour effacer une ville.
Mais pour rappeler qu’elle n’est jamais le seul paysage possible.
Dessiner, c’est remplacer les bruits stridents par les bruits de la nature.
Le vacarme demeure.
Pourtant le vent recommence à souffler.
L’eau retrouve son murmure.
Les oiseaux reprennent leur place.
Le dessin ne supprime pas le bruit.
Il lui découvre un autre horizon.
Dessiner, c’est partir en Patagonie sans bouger de sa page.
Le voyage ne dépend plus des kilomètres.
Quelques lignes.
Quelques couleurs.
Et l’espace change de respiration.
Dessiner, c’est ma trousse de premiers secours.
Non parce qu’il me protège du monde.
Mais parce qu’il me permet de continuer à vivre avec lui.
Dessiner, c’est dialoguer avec sa propre intelligence.
Une intelligence qui pense avec les lignes,
qui hésite avec les couleurs,
qui découvre parfois une vérité avant que les mots ne sachent la nommer.
Mes images mentales débordent comme l’eau dans une casserole de riz sur un feu trop vif.
Je ne me demande jamais ce que je vais créer.
Je me demande quand je vais enfin pouvoir déposer sur le papier les images qui cherchent déjà leur place.
Le dessin n’invente pas ce monde.
Il lui offre une forme où il peut enfin respirer.
Mes dessins ne sont pas des coloriages.
Ce sont des actes engagés.
Ils déplacent une perception.
Une évidence.
Une manière de regarder.
Ils ouvrent un espace où le visible retrouve une profondeur que l’habitude avait peu à peu recouverte.
Dessiner, c’est agir autrement.
Penser autrement.
Habiter autrement.
Je n’ai pas choisi un jour de dessiner.
Le dessin a toujours été là.
Non comme la fabrication de belles images,
Mais comme une manière d’être au monde.
Chaque dessin déplace imperceptiblement le réel.
Non pour le remplacer.
Mais pour laisser apparaître ce qu’il contenait déjà,
et que le regard n’avait pas encore appris à voir.
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