On parle souvent de « pyromanes ». Le mot est pratique, mais il est souvent faux. Tous les incendiaires ne souffrent pas de pyromanie. La véritable pyromanie est un trouble psychiatrique rare, marqué par une fascination répétée pour le feu, une tension avant le passage à l’acte et un soulagement après l’incendie.
La plupart des auteurs de feux volontaires obéissent à d’autres motivations.
Certains agissent par vengeance. Ils veulent punir un voisin, un employeur, une ancienne compagne, une institution ou simplement la société entière. Le feu leur permet de frapper à distance, sans confrontation directe, puis de disparaître en laissant derrière eux une destruction immense.
D’autres recherchent l’excitation. Ils veulent provoquer un événement, voir les sirènes arriver, observer les avions tourner au-dessus des flammes, sentir qu’ils ont soudainement pris le contrôle d’un territoire entier. Certains restent même près des lieux, donnent l’alerte ou tentent de se rendre utiles afin de goûter au spectacle qu’ils ont eux-mêmes créé.
Il y a aussi les incendiaires par ennui, par défi ou par effet de groupe. Ceux qui mettent le feu « pour rire », pour impressionner des amis ou tester jusqu’où ils peuvent aller. Leur acte n’est peut-être pas longuement préparé, mais il reste volontaire. Lorsqu’on allume des broussailles en pleine sécheresse, on sait que l’on prend le risque de tuer.
D’autres encore utilisent le feu comme un outil. Pour toucher une assurance, effacer des traces, détruire des documents, intimider quelqu’un, dissimuler un vol ou régler un conflit. Ceux-là ne sont pas fascinés par les flammes. Ils les emploient parce qu’elles détruisent vite et rendent l’enquête plus difficile.
Il n’existe donc pas un seul profil.
Certains auteurs souffrent de troubles psychiatriques. D’autres présentent une personnalité antisociale, une faible maîtrise de leurs impulsions, une consommation d’alcool ou de drogues, une profonde immaturité ou une absence d’empathie. Certains sont calculateurs. D’autres sont simplement dangereux, irresponsables et indifférents aux conséquences.
Le mot « méchant » n’a pas de valeur médicale. Mais il serait naïf de refuser de voir qu’il existe des actes profondément malveillants. Mettre volontairement le feu à une forêt, c’est savoir que des maisons peuvent brûler, que des animaux vont mourir, que des pompiers vont risquer leur vie et que des familles peuvent tout perdre.
La maladie mentale peut expliquer certains comportements. Elle ne peut pas tout excuser. Tous les incendiaires ne sont pas fous. Beaucoup comprennent parfaitement ce qu’ils font.
Ils savent que le vent peut tourner. Ils savent que les flammes peuvent franchir une route. Ils savent que des habitants peuvent être encerclés. Ils savent qu’un départ de feu minuscule peut devenir incontrôlable.
Et ils agissent malgré tout.
Brûler une forêt, ce n’est pas seulement détruire des arbres. C’est anéantir un écosystème, tuer des milliers d’animaux, menacer des villages, traumatiser une population et mobiliser des moyens humains et financiers considérables.
C’est aussi profiter d’un climat de plus en plus sec et chaud pour transformer un geste minuscule en catastrophe nationale.
Le feu, lui, ne distingue pas la maladie, la vengeance, la stupidité ou le calcul. Une fois déclenché, il détruit tout de la même manière.
La vraie question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi ces individus allument des incendies.
Elle est aussi de savoir comment les identifier avant qu’ils recommencent, comment les surveiller, comment les soigner lorsqu’ils sont malades et comment les condamner lorsqu’ils sont pleinement responsables.
Car derrière chaque feu volontaire, il n’y a pas seulement une forêt qui brûle.
Il y a quelqu’un qui a décidé qu’elle pouvait brûler.
