Cinéma

Pierre Lottin va incarner Louis de Funès : le pari fou d’un biopic sur l’homme derrière les grimaces

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 Pierre Lottin va incarner Louis de Funès : le pari fou d'un biopic sur l'homme derrière les grimaces

Il fallait bien qu’un jour le cinéma français ose s’attaquer à cette montagne. Louis de Funès, monstre sacré de la comédie populaire, visage électrique, corps nerveux, colère miniature devenue art national, va enfin avoir droit à son biopic. Et c’est Pierre Lottin qui a été choisi pour lui prêter ses traits dans un film en préparation chez UGC, produit par Romain Rojtman. L’information a été révélée par *Le Film Français*, puis relayée par AlloCiné. Le tournage est annoncé pour avril 2027, sous la direction de Benjamin Euvrard.

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Le choix de Pierre Lottin est tout sauf anodin. Révélé au grand public par la saga populaire *Les Tuche*, il a peu à peu déplacé son image vers un cinéma plus exigeant, notamment chez François Ozon et Emmanuel Courcol. En 2026, il a remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle pour *L’Étranger*, une distinction confirmée par l’Académie des César.

Ce casting dit déjà quelque chose du projet. Il ne s’agira pas seulement de trouver un acteur capable de reproduire les mimiques de Louis de Funès, ses yeux exorbités, ses colères sèches, sa démarche en ressort ou son autorité paniquée. Le danger serait immense : faire du de Funès en surface, tomber dans l’imitation de cabaret, réduire l’acteur à une série de grimaces copiées. Le producteur Romain Rojtman l’a d’ailleurs formulé clairement : le défi sera d’incarner la vérité de Louis de Funès, et non simplement ses mimiques. Il précise également que la famille de Funès a donné son accord au projet.

Le film devrait s’intéresser à un moment précis : 1964, année de bascule dans la carrière de Louis de Funès. C’est là que l’acteur cesse d’être seulement un formidable second rôle ou une silhouette comique immédiatement identifiable pour devenir une star nationale. Après *Pouic-Pouic* en 1963, il enchaîne *Le Gendarme de Saint-Tropez*, *Fantômas* et *Le Corniaud*, trois films qui vont installer durablement son nom au sommet de la comédie française.

L’angle est intéressant, parce qu’il évite le piège du biopic encyclopédique. Raconter toute une vie en deux heures revient souvent à courir derrière les dates, les mariages, les succès, les drames, les récompenses et les enterrements. Ici, le projet semble vouloir saisir un point d’incandescence : l’instant où un homme longtemps patient, longtemps observateur, longtemps sous-estimé, devient soudain incontournable.

Louis de Funès n’est pas né star. C’est même l’une des dimensions les plus fascinantes de son parcours. Avant d’être ce volcan comique que la France entière reconnaît encore aujourd’hui, il a été un acteur de l’attente, des petits rôles, des apparitions, des silhouettes. Il a travaillé son art dans les marges, accumulant les gestes, les ruptures de rythme, les regards de biais, les explosions contenues. Son génie ne venait pas seulement d’un tempérament. Il venait d’un travail d’orfèvre sur le corps, le tempo et la panique.

C’est là que Pierre Lottin peut devenir un choix passionnant. Il possède lui aussi quelque chose de décalé, de populaire et d’intranquille. Il n’a pas le visage lisse d’un acteur fabriqué pour les biographies officielles. Il a une présence, une étrangeté, une énergie qui peut permettre d’approcher Louis de Funès autrement que par la copie. Pour jouer de Funès, il ne faudra pas seulement faire rire. Il faudra montrer l’homme qui fabrique le rire comme une arme de précision.

Car de Funès n’était pas seulement drôle. Il était inquiétant, sec, rapide, autoritaire, fragile, presque musical. Il incarnait souvent des petits chefs débordés par le monde, des bourgeois hystériques, des patrons paniqués, des figures d’ordre constamment menacées par le chaos. Sa comédie venait de cette contradiction : il voulait contrôler le réel, mais le réel lui échappait sans cesse. Plus il tentait de dominer, plus il devenait ridicule. Et c’est dans cette mécanique que le public français s’est reconnu.

Un biopic sur Louis de Funès devra donc faire mieux que reconstituer des plateaux de tournage et des affiches mythiques. Il devra comprendre pourquoi cet acteur a traversé les générations. Pourquoi ses films repassent encore. Pourquoi ses colères nous font toujours rire. Pourquoi un simple froncement de sourcil suffit à réveiller une mémoire collective. Louis de Funès appartient à cette catégorie rare d’acteurs qui ne se regardent presque plus comme des acteurs, mais comme des réflexes nationaux.

Le projet sera tourné entre Paris et l’Italie, notamment en lien avec l’univers du *Corniaud*, et Benjamin Euvrard réalisera le film, coécrit avec Benjamin Dumont, Ingrid Morley-Pegge et Charly De Witte. Là encore, le choix de l’Italie est symbolique : *Le Corniaud*, avec Bourvil, marque l’un des grands moments de la comédie populaire française, celle qui savait mêler rythme, duo d’acteurs, efficacité narrative et plaisir immédiat du public.

Reste la grande question : peut-on vraiment incarner Louis de Funès ? Peut-on rejouer une telle silhouette sans être écrasé par elle ? C’est tout le risque du projet, mais aussi son intérêt. Certains acteurs sont devenus si puissants dans l’imaginaire collectif qu’ils semblent injouables. De Funès fait partie de ceux-là. Tout le monde croit le connaître. Tout le monde a son de Funès en tête. Le moindre faux pas sera visible.

Mais c’est précisément pour cela que le film peut être passionnant. Non pas parce qu’il va ressusciter Louis de Funès, personne ne ressuscite de Funès, mais parce qu’il peut raconter comment un homme devient un phénomène. Comment une énergie privée devient un langage public. Comment une inquiétude intime devient une mécanique comique. Comment un acteur de cinquante ans, après des années de patience, finit par exploser au visage de son époque.

Avec Pierre Lottin, le projet prend le risque d’un acteur vivant plutôt que celui d’un simple sosie. C’est sans doute la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Le public ne demandera pas seulement la ressemblance. Il attendra une présence. Il attendra de retrouver le feu, la nervosité, la précision, mais aussi l’ombre derrière la lumière.

Car derrière Louis de Funès, il y a peut-être l’histoire très française d’un homme qui a mis longtemps à devenir lui-même. Et c’est souvent là que les grands films commencent.

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