J’y mets mon souffle.
Le rythme se poursuit.
Je tourne la page.
Un nouveau dessin commence.
Aujourd’hui, le prune rencontre le bleu.
Les couleurs sont plus épaisses.
Plus lourdes.
Comme si elles entraient sur le papier avec de grosses bottes.
Parfois, le dessin ne parvient plus à m’extraire de la torpeur.
Quelque chose demeure brisé depuis très longtemps.
Je ne dessine pas pour réparer ce que je suis.
Je dessine pour empêcher la blessure d’effacer ce qui demeure vivant.
Ma vie tient à des fils colorés.
Je m’y suspends.
Orpheline de mon arbre généalogique, je sème de nouvelles histoires.
Parfois reviennent des images de disparition.
D’effacement.
De désintégration.
Alors le vide laissé par la mort de ma mère traverse de nouveau le présent.
Il ne ressemble pas à un souvenir.
Il ressemble à une vague qui ne finit jamais tout à fait de se retirer.
Le monde perd sa consistance.
Le dessin et l’écriture deviennent les seuls gestes capables de retenir quelque chose de moi.
Je pétris le temps avec des couleurs et des lignes.
La gorge se noue.
Les larmes montent.
Je continue.
Créer n’efface ni le deuil ni la violence.
Mais chaque dessin tisse un fil de plus.
Et certains jours, quelques fils suffisent pour continuer à habiter le monde.
