L’orange fluorescent touche la page.
Pendant un instant, il semble la brûler.
Je pense à une grenade ouverte.
Le jus coule.
Mes yeux le goûtent.
Le dessin devient sucré.
La chaleur de l’été tient dans cette couleur.
Puis le jaune s’approche.
Il ne corrige rien.
Il apaise.
Le rose respire autrement.
À côté d’eux, le vert s’assombrit.
Je regarde les couleurs se transformer par leur simple voisinage.
Je n’ajoute pas des couleurs.
Je prépare leurs rencontres.
Au centre de la table, un verre d’eau attend.
Je le laisse immobile.
Les pigments s’y déposent.
L’eau retrouve peu à peu sa transparence.
Le papier boit lentement ce qui lui est confié.
Je ferme les fenêtres.
Le silence entre dans l’atelier.
La lumière change.
Le soleil lui-même paraît retenir une part de son éclat.
Comme s’il laissait les couleurs parler avant lui.
Alors je n’attends plus un dessin.
J’attends un accord.
Entre la lumière.
L’eau.
Le papier.
Les couleurs.
Et le temps.
Quand chacun trouve sa juste place, je peux reprendre mon crayon.
