Le dessin est arrivé avant les mots.
Il ne connaissait ni alphabet, ni grammaire.
Seulement des lignes.
Des couleurs.
Des rythmes.
J’y ai reconnu une langue.
Elle ne racontait pas le monde.
Elle m’apprenait à l’habiter.
Chaque dessin ouvrait un monde dans le monde.
Je pouvais m’y montrer sans me dévoiler.
M’y cacher sans disparaître.
Les couleurs devenaient des voix.
Les lignes, des chemins.
Le papier gardait ce que je n’aurais pas su dire autrement.
Je dessine au rythme de mon coeur.
Chaque ligne accompagne une expiration.
Chaque couleur revient avec une inspiration.
Le dessin respire avec moi.
Puis les couleurs arrivent.
Je ne les appelle pas.
Elles viennent.
Un rose.
Un orange.
Un violet.
Parfois un fluorescent qui bouleverse toute la page.
Je ne choisis pas leur nécessité.
Je la reconnais.
Alors le temps se referme doucement.
La feuille devient un monde.
Je pourrais partir.
Je reste.
Comme si interrompre le dessin revenait à interrompre un souffle commencé depuis longtemps.
Je suis attachée à cette feuille.
Et pourtant…
Je ne connais pas de plus grande liberté.
Je suis prisonnière de cette liberté.
