Tout arrive.
Le contact d’un vêtement.
Une couture.
Une étiquette.
Un parfum qui traverse une pièce.
L’odeur d’un produit ménager.
La texture d’un aliment.
Chaque sensation demande à être entendue.
Aucune ne s’efface pour laisser passer la suivante.
Le monde ne ralentit jamais.
Il vient jusqu’au corps avec toute son intensité.
Une lumière trop vive.
Des voix qui se superposent.
Le bruit d’une chaise.
Le froissement d’un tissu.
Un écran lumineux.
Tout demeure présent en même temps.
Il n’existe aucun bouton qui permette d’en diminuer le volume.
Le corps accueille tout.
Puis arrive un moment où il ne peut plus accueillir davantage.
Alors je cherche moins de bruit.
Une lumière plus douce.
L’air d’une fenêtre ouverte.
Un espace où les sensations cessent enfin de se chevaucher.
Ce mouvement vers le retrait est souvent mal compris.
Il ressemble à un refus.
Il n’en est pas un.
Il ressemble à une faiblesse.
Il n’en est pas une.
Il ressemble à un manque de volonté.
Il n’en est pas un davantage.
Il ne s’agit pas de quitter le monde.
Il s’agit de retrouver la distance qui permette d’y revenir.
Je n’ai jamais souhaité un monde plus silencieux que celui des autres.
J’ai seulement cherché celui où mon corps pouvait respirer sans avoir à lutter contre chaque présence.
Cette recherche accompagne aussi ma manière de dessiner.
Une couleur trop proche efface les autres.
Une forme envahit parfois toute la feuille.
Le travail consiste rarement à ajouter.
Il consiste souvent à retrouver la bonne distance entre les présences.
Peut-être est-ce la même chose dans une vie.
Chercher, jour après jour, la distance à partir de laquelle le monde cesse d’être une
épreuve pour redevenir une rencontre.
