Le gris s’approche du rose.
Je m’attends à le voir s’assombrir.
C’est l’inverse qui se produit.
Le rose s’éclaire.
Il devient plus présent.
Comme si le gris lui avait offert une profondeur qu’il ne pouvait trouver seul.
L’atelier ne cesse de défaire ce que je croyais savoir.
Les couleurs suivent des lois discrètes.
Je ne les décide pas.
Je les découvre.
Je reste longtemps devant leurs transformations.
Je regarde leurs équilibres se déplacer.
Leur respiration changer.
Le papier devient le lieu de leurs négociations silencieuses.
Je ne pose pas des couleurs.
Je les sculpte.
Les formes leur donnent une direction.
Les lignes leur offrent une résistance.
Chaque contour infléchit leur présence.
J’utilise parfois des mines si fines qu’elles ressemblent à des aiguilles.
Un trait appelle un autre trait.
Une forme ouvre une autre forme.
Le dessin ne progresse pas par accumulation.
Il s’approfondit.
Je cherche moins le détail que la justesse.
Peu à peu, les couleurs cessent d’être des surfaces.
Elles acquièrent une densité.
Une température.
Une gravité.
Je pourrais presque les toucher.
Dessiner consiste peut-être à accompagner cette métamorphose.
À laisser les couleurs révéler les lois qu’elles portaient déjà en elles.
À leur offrir une forme où elles puissent enfin respirer.
