Douche froide.
Une boisson jaune.
Puis le dessin.
Le passage est presque imperceptible.
Une couleur suffit.
J’ouvre un rose.
Quelques paillettes apparaissent.
Un rose de friandise.
Je n’ai jamais aimé les bonbons pour leur goût.
Je les choisissais pour leur couleur.
Leur transparence.
Leur peau brillante.
La manière dont ils retenaient la lumière.
Je pouvais les regarder longtemps.
Les manger n’ajoutait rien.
Voir suffisait.
Ma mère aimait les friandises.
Elle semblait en chercher le goût.
Je cherchais les couleurs.
Nos enfances empruntaient des chemins différents.
Depuis, les sensations ne cessent de me rejoindre.
Elles traversent les portes de ma peau.
Elles ne demandent pas à être retenues.
Elles demeurent.
Une couleur les appelle.
Elle reviennent.
Le dessin ouvre cet herbier invisible.
Chaque feuille libère une présence.
Une odeur.
Une température.
Une texture.
Une lumière.
Les lignes ont une saveur.
Les couleurs possèdent une chaleur.
Les matières deviennent presque des épices.
Je ne sais plus très bien où les yeux s’arrêtent.
Ni où commence le toucher.
Tout circule.
Tout se répond.
Mes dessins ne racontent pas ma vie.
Ils conservent les sensations qui l’ont traversée.
L’enfance.
L’adolescence.
La jeune femme.
La mère.
La femme que je suis aujourd’hui.
Toutes demeurent dans les mêmes couleurs.
On apprend sans doute davantage sur moi en regardant mes dessins qu’en regardant mon visage.
Ils sont mon véritable portrait.
Sous des couleurs parfois douces, ils abritent une intensité que les mots ne savent pas toujours porter.
Chaque dessin semble silencieux.
Je sais qu’il continue de crier.
Et peut-être est-cela, dessiner.
Ouvrir, chaque jour, l’herbier vivant de toutes les sensations qui continuent de respirer en moi.
