Le temps s’efface.
Je dessine.
Longtemps.
Jusqu’au soir.
Jusqu’à ce que le corps me rappelle qu’il existe.
Je quitte alors le dessin comme on revient d’une longue plongée.
Le monde met toujours quelques instants à reprendre sa place.
Je prépare le repas.
Je mange en silence.
Chaque saveur arrive entière.
Une épice.
Une texture.
Une chaleur.
Je ne parle pas.
Je ne sais pas partager mon attention.
Longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait d’une difficulté.
Aujourd’hui, je crois que c’est une manière d’habiter.
Je ne fais presque jamais deux choses à la fois.
Mais ce que je fais,
je le traverse entièrement.
La vaisselle.
Le rangement.
La lecture.
Le sommeil.
Chaque geste reçoit le temps qui lui appartient.
Je ne mesure pas mes journées en heures.
Je les mesure en profondeurs.
Je peux demeurer des heures dans un dessin sans éprouver le besoin d’être ailleurs.
Le temps ne disparaît pas.
Il cesse simplement d’être morcelé.
Peut-être est-ce cela que le dessin m’enseigne.
Non pas produire une image.
Mais découvrir, chaque jour,
qu’une seule chose pleinement habitée
contient parfois davantage de vie
qu’une multitude d’expériences à peine traversées.
