La mine touche le papier.
Les distances changent.
Les couleurs respirent.
Les formes cessent d’être seules.
Quelque chose s’accorde.
Les mots arrivent toujours après.
Je reconnais seulement cette qualité de silence.
Un dessin est plus fort qu’un médicament.
Non parce qu’il guérit.
Parce qu’il rend une respiration possible.
Une feuille.
Un souffle.
Puis l’attente.
Je ne cherche pas à faire naître une image.
Je prépare les conditions d’une rencontre.
Le reste ne m’appartient plus.
Chaque dessin ouvre un espace.
Ni un refuge.
Ni un échappatoire.
Une manière de demeurer.
Le dessin est entré dans ma vie avant les explications.
Il suivait déjà un chemin que je ne savais pas encore nommer.
Les mêmes heures.
Les mêmes gestes.
Le même souffle.
Je pensais répéter.
J’accordais déjà mon attention.
La discipline ne retient pas l’intensité.
Elle lui donne un rythme.
Rien ne vient seul.
Une couleur en appelle une autre.
Une forme déplace tout ce qui l’entoure.
Une matière transforme l’espace sans faire de bruit.
Peu à peu, chaque chose trouve sa juste distance.
Observer demande parfois moins de regard que de patience.
Attendre qu’une couleur trouve sa nécessité.
Qu’une forme accepte de ne plus exister seule.
Qu’un rythme s’installe.
Alors le temps change.
Il ne passe plus.
Il mûrit.
La faim s’éloigne.
Le sommeil attend.
Même la douleur devient plus discrète.
Puis vient le retour.
Le poids du corps.
Le bruit des heures.
Les gestes ordinaires.
Manger.
Marcher.
Répondre.
Je quitte l’atelier.
Pas ce qui s’y est accordé.
Cela continue, silencieusement, à déplacer ma manière d’habiter le réel.
Peut-être est-ce cela dessiner.
Non pas ajouter une image au monde.
Mais rendre, pour un instant, les choses capables de demeurer ensemble.
