L’orage résonne au loin.
Le vent traverse les feuilles.
L’air bourdonne.
Quelque chose approche.
Sous la table.
J’entends.
Je ne vois pas.
C’est parfois pire.
Ça pique la peau.
Ça gratte le cuir chevelu.
Le monde devient trop grand.
Alors…
Je prends un rose fluorescent.
Je dessine.
Je ne dessine pas l’orage.
Je dessine
l’endroit
où il ne peut plus entrer.
Je ne connais pas le numéro des pompiers.
Alors le dessin appelle.
À ma place.
Mon code.
Ma voix.
Mon cri.
La feuille cesse d’être une feuille.
Le dessin devient un monde.
Mon monde.
L’endroit
où je peux rester.
Je pourrais dire :
un bunker.
Un hôpital.
Une couverture de survie.
Les bras d’une mère absente.
Tout cela est vrai.
Mais le dessin faisait une seule chose.
Il me gardait vivante.
Si je ne pouvais pas changer le monde,
je pouvais au moins dessiner
un endroit
où continuer à vivre.
Le dessin le savait
avant moi.
Le reste
est venu plus tard.
Depuis,
chaque dessin
en garde la trace.
