Pas de lieu précis, pas de date sérieuse, pas de source policière, pas de témoignage identifiable. Ce type de message circule depuis la fin des années 1990 sous de multiples variantes et a été démenti à plusieurs reprises par des sites de vérification comme Snopes ou Africa Check, qui rappellent qu’aucune preuve solide ne confirme l’existence de ces agressions au “parfum anesthésiant”. Le mécanisme est toujours le même : on prend une peur réelle, l’agression, le vol, la vulnérabilité des femmes dans l’espace public, et on l’habille d’un scénario de film. Le problème n’est pas d’appeler à la prudence.
Il est évidemment raisonnable de ne pas sentir un produit inconnu tendu par des inconnus sur un parking. Le problème, c’est de transformer une prudence légitime en panique collective. Ces chaînes virales se nourrissent de notre réflexe de protection : on partage “au cas où”, pour prévenir, pour aider. Mais en relayant sans vérifier, on ajoute du bruit au bruit, de l’angoisse à l’angoisse, et parfois on détourne l’attention des vrais dangers. Les escroqueries existent, les vols par diversion existent, les agressions existent. Mais une société qui confond vigilance et crédulité devient plus manipulable.
Les rumeurs virales ont leurs codes : majuscules, urgence, témoignage indirect, détails sensationnels, absence de source, appel au partage massif. Elles ne cherchent pas à informer, elles cherchent à circuler. Leur carburant, c’est l’émotion. Leur faiblesse, c’est la vérification. Avant de transmettre, il faut donc poser trois questions simples : qui parle ? où est la source ? pourquoi me demande-t-on de partager aussi vite ? Une information vraie supporte l’examen. Une rumeur, elle, exige la précipitation. Dans le doute, mieux vaut prévenir calmement que propager une peur. Être vigilant, oui. Être instrumentalisé par une chaîne virale, non.
