Littéraire

Prix Laurent Kupferman 2026 : Laurent Joly couronné pour son travail sur Vichy et l’histoire d’une dictature

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Prix Laurent Kupferman 2026 : Laurent Joly couronné pour son travail sur Vichy et l'histoire d'une dictature

Réjouissons-nous de la naissance d’un nouveau prix littéraire. Il y en a déjà beaucoup, certes, mais celui-ci arrive avec une promesse particulière : rappeler que les livres peuvent encore servir à défendre l’émancipation, l’égalité des droits, la mémoire et la République autrement que par de grands mots fatigués. Le Prix Laurent Kupferman n’est pas un prix de plus dans le paysage. Il porte le nom d’un homme qui croyait aux idées, aux combats symboliques, à la transmission, et qui avait compris que la culture n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle reste reliée à la justice.

Réuni à la mairie du 6e arrondissement de Paris, le jury de cette toute première édition a attribué à l’unanimité le Prix Laurent Kupferman 2026 à Laurent Joly pour Vichy, Histoire d’une dictature 1940-1944, ouvrage qu’il a dirigé aux éditions Tallandier. Le choix est fort : distinguer un travail historique sur Vichy, c’est rappeler que l’émancipation et l’égalité des droits ne sont jamais des abstractions confortables. Elles se mesurent aussi à l’aune de ce qui les nie, les détruit, les trahit.

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Créé conformément aux volontés de Laurent Kupferman, annoncées le 11 juillet 2025 lors de ses obsèques à l’Oratoire du Louvre, ce prix entend couronner chaque année la « meilleure œuvre littéraire concernant l’émancipation et l’égalité des droits ». Pour une première édition, le signal est net : il ne s’agit pas seulement de célébrer une belle plume ou un sujet noble, mais de reconnaître une œuvre capable de travailler la conscience collective.
Le jury a également décerné un Prix spécial à Nora Bussigny pour Les Nouveaux Antisémites, publié chez Albin Michel. Là encore, le choix dit quelque chose de notre moment. Dans une époque où les haines anciennes savent changer de masque, où l’antisémitisme revient parfois sous des formes déplacées, maquillées, idéologisées, distinguer un tel ouvrage revient à affirmer que la vigilance intellectuelle n’est pas un luxe moral mais une nécessité politique.

La dernière sélection comprenait aussi La Bibliothèque retrouvée de Vanessa de Senarciens, publié aux éditions ZOE, ainsi que Merci Joséphine d’Angélique de Labarre, paru aux éditions Château des Milandes. Cette présence de Joséphine Baker dans la sélection n’avait rien d’anecdotique. Laurent Kupferman fut l’un des artisans majeurs de son entrée au Panthéon, combat hautement symbolique pour une femme noire, artiste, résistante, militante antiraciste et figure de fraternité républicaine.

Chroniqueur, conseiller ministériel, ancien directeur de la communication de la Fédération Française Sésame Autisme, Laurent Kupferman était un essayiste engagé, auteur de près d’une dizaine d’ouvrages consacrés à la République et à la franc-maçonnerie. Il fut aussi cofondateur de l’Orchestre symphonique d’Europe et Officier de l’Ordre des Arts et Lettres. Chez lui, les idées n’étaient pas séparées de l’action. La culture, la transmission, l’engagement civique, la mémoire : tout semblait appartenir à une même fidélité.

Fils de l’écrivaine franco-allemande Sigrid Kupferman et de l’historien Fred Kupferman, Laurent Kupferman s’inscrivait dans une lignée où l’histoire, la littérature et la réflexion politique occupaient une place centrale. Il avait également cosigné plusieurs ouvrages avec Jean-Louis Debré, Jacques Ravenne et Emmanuel Pierrat, son exécuteur testamentaire. Cette première édition du prix qui porte son nom prolonge donc moins une carrière qu’une exigence : celle de ne pas laisser les mots de République, d’égalité ou d’émancipation devenir des coquilles vides.

Le jury 2026 était présidé par Emmanuel Pierrat, avocat, agent d’artistes et d’auteurs, écrivain. Il réunissait Jacques Ravenne, secrétaire général du prix, Antoine Baduel, Brian Bouillon Baker, Lorraine Kaltenbach, Pierre Kupferman, Alain Seban et Guillaume Trichard, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.

En distinguant Laurent Joly et Nora Bussigny, le Prix Laurent Kupferman installe d’emblée sa ligne : une littérature qui regarde l’histoire en face, qui ne se contente pas d’accompagner les bons sentiments, mais qui interroge les angles morts, les compromissions, les menaces et les aveuglements.

C’est peut-être cela, au fond, l’héritage le plus juste de Laurent Kupferman : rappeler que l’émancipation n’est pas un mot décoratif, mais un combat intellectuel, historique et humain.

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