Littéraire

"La survie du plancton" de Camille Coomans : l’oxygène discret de la poésie contemporaine (Abrapalabra)

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"La survie du plancton" de Camille Coomans : l'oxygène discret de la poésie contemporaine (Abrapalabra)

J’aime la poésie quand elle s’immisce tout doucement. Quand elle avance à pas feutrés, sans effets inutiles, avec cette délicatesse rare qui consiste à dire des choses immenses avec des mots simples. C’est exactement ce que je ressens en lisant Camille Coomans. Sa voix poétique possède cette qualité précieuse, elle semble fragile, presque légère, et pourtant elle touche juste, là où beaucoup de textes plus démonstratifs échouent.

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À travers La survie du plancton, j’ai retrouvé ce que j’attends le plus de la poésie contemporaine c’est à dire une parole sincère, attentive au monde, capable d’accueillir la beauté sans détourner les yeux de ce qui inquiète. Camille Coomans écrit comme on tend la main. Elle observe les blessures de notre époque, les dérèglements du vivant, les peurs collectives, les fractures sociales, mais elle le fait avec une humanité désarmante et une justesse de ton qui ne tombe jamais dans la leçon ou le slogan.

Lire ce livre, c’est rencontrer une conscience en éveil, une femme qui doute, qui s’émerveille, qui résiste et qui continue obstinément à croire que les mots peuvent encore nous relier les uns aux autres. Et dans un paysage littéraire souvent saturé de postures, cette sincérité-là est sans doute ce qui m’a le plus touché.

Il y a des recueils que l’on lit. Et puis il y a ceux qui continuent de respirer en nous longtemps après que la dernière page a été tournée. La survie du plancton appartient à cette catégorie rare. Ce livre ne cherche pas à faire du bruit. Il agit autrement. Comme le plancton auquel il emprunte son titre : discrètement, patiemment, mais de façon essentielle.

Le plancton est au cœur du projet poétique de Camille Coomans. Minuscule, presque invisible, il produit pourtant une part considérable de l’oxygène terrestre. La poétesse se reconnaît dans cette figure paradoxale de la fragilité indispensable. Face aux crises écologiques, sociales et politiques qui traversent notre époque, elle revendique la puissance des gestes modestes, des mots fragiles et de la poésie comme nécessité vitale.

L’un des plus beaux poèmes du recueil débute par une série d’évidences et de curiosités : « Tu savais que les chiens reniflent les tumeurs... ». Peu à peu, le texte se déplace vers une vérité plus profonde jusqu’à cette phrase bouleversante : « Tu savais que même les mères sont mortelles ? ». Tout Camille Coomans est là : une poésie qui avance avec douceur avant de toucher soudain au cœur même de notre vulnérabilité.

Cette délicatesse n’exclut jamais la lucidité. Le livre est traversé par les inquiétudes de notre temps. Changement climatique, montée des extrémismes, consumérisme, sentiment d’impuissance face à l’état du monde : tout cela est présent. Mais jamais sous forme de manifeste. Camille Coomans préfère l’incarnation à la démonstration. Elle transforme les grands sujets contemporains en expériences sensibles et humaines.

Son écriture possède également une remarquable fluidité. Les répétitions, les questions, les accumulations créent un rythme proche de la parole intérieure. On pense parfois au spoken word, parfois à une conversation avec une amie, parfois à un journal intime adressé à l’humanité tout entière. Cette proximité constitue l’une des grandes forces du livre.

Plusieurs textes explorent notre lien au vivant avec une grande justesse. Les arbres, les oiseaux, les rivières, les mers deviennent autant de métaphores de notre condition humaine. Dans un magnifique poème, les êtres humains sont comparés aux branches d’un même arbre, certaines portent beaucoup de fruits, d’autres moins, mais toutes sont reliées au même tronc. Une image simple, lumineuse, qui résume à elle seule la philosophie profonde du recueil, nous sommes plus liés les uns aux autres que nous ne voulons bien l’admettre.

Ce qu’on remarque également, c’est la modernité du regard. Camille Coomans appartient pleinement à son époque. Sa poésie accueille naturellement les questions de genre, les enjeux d’inclusion, l’écologie, les nouvelles formes d’engagement citoyen et les inquiétudes contemporaines. Pourtant, jamais elle ne se réduit à ces thèmes. Elle les traverse pour atteindre quelque chose de plus universel : notre besoin de sens, d’amour, de beauté et de lien.

Le mot « poétiser » revient régulièrement sous sa plume. Il ne s’agit pas d’embellir artificiellement le réel mais de continuer à regarder le monde malgré tout. Poétiser devient un acte de résistance. Une manière de refuser le cynisme, la résignation et le désenchantement. Une manière de rester vivant.

La survie du plancton est un livre qui ne cherche jamais à avoir raison. Il cherche mieux, il cherche à rester humain. À maintenir ouverte une forme de dialogue entre l’intime et le collectif, entre la peur et l’espérance, entre la colère et la tendresse. Camille Coomans n’écrit pas depuis une tour d’ivoire. Elle écrit depuis le même monde que nous, avec ses failles, ses contradictions et ses vertiges.

Ce que je retiens surtout de ce recueil, ce n’est pas un poème en particulier, mais une présence. Une manière d’habiter le langage sans l’écraser. Une attention aux êtres, aux arbres, aux oiseaux, aux vivants de toute sorte. Camille Coomans possède ce talent rare de rendre le monde à nouveau fréquentable. Non pas plus beau qu’il n’est, mais plus habitable. Et c’est peut-être l’une des plus belles missions que puisse encore se donner la poésie aujourd’hui.

La survie du planton, Camille Coomans, Abrapalabra Poche, 8 euros.

https://www.maisondelapoesie.com/catalogue/la-survie-du-plancton/

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