C’est exactement ce qui arrive en revoyant aujourd’hui Ma femme s’appelle reviens, cette comédie douce-amère de Patrice Leconte avec Michel Blanc et Anémone. Michel Blanc y interprète Bernard, un médecin célibataire de 29 ans qui tente maladroitement de séduire une jeune femme. Rien de révolutionnaire. Une petite comédie française typique de son époque, portée par le talent de ses interprètes et par cette capacité qu’avait Michel Blanc à rendre touchants les personnages les plus maladroits.
Mais une scène attire aujourd’hui l’attention. Dans une boîte de nuit, un jeune dragueur arrogant traite Bernard de « vieux » devant celle qu’il convoite. La remarque est déjà ridicule puisque le personnage n’a que 29 ans. Pourtant, ce n’est pas cela qui frappe le plus.
Le petit dragueur est incarné par un tout jeune Patrick Bruel.
À l’époque, il ne s’agit que d’un second rôle. Une silhouette parmi d’autres dans une scène de comédie. Mais quarante ans plus tard, la séquence prend une coloration inattendue. Non pas à cause du film lui-même, qui n’a pas changé, mais parce que notre regard a changé.
Le cinéma est une étrange machine à voyager dans le temps. Les acteurs y restent figés à jamais dans leur jeunesse tandis que leur vie publique continue de s’écrire. Dès lors, certaines scènes deviennent involontairement ironiques. Voir un jeune Patrick Bruel distribuer les rôles entre les séducteurs et les hommes « dépassés » provoque aujourd’hui un léger sourire. Le spectateur ne regarde plus seulement un personnage ; il regarde aussi, malgré lui, l’image publique que l’acteur a construite au fil des décennies.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre à Patrick Bruel. Il concerne tous les acteurs dont la trajectoire finit par contaminer les personnages qu’ils ont interprétés. Une phrase anodine, un regard, une attitude peuvent soudain acquérir une résonance nouvelle des années plus tard.
C’est peut-être cela qui rend les vieux films si passionnants. Ils ne racontent jamais exactement la même histoire. Les images restent identiques, mais le monde autour d’elles change sans cesse. Et parfois, au détour d’une scène oubliée dans une boîte de nuit des années 1980, le temps lui-même semble nous faire un clin d’œil.
