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Pourquoi les anciens sportifs de haut niveau prennent souvent du poids après leur carrière

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Pourquoi les anciens sportifs de haut niveau prennent souvent du poids après leur carrière

Le corps d’un champion ne prend pas sa retraite le même jour que son contrat. Pendant quinze ou vingt ans, il a été dressé, surveillé, pesé, poussé, blessé, réparé, relancé. Il a vécu dans une logique presque industrielle : entraînement, récupération, alimentation, compétition, pression, contrôle permanent. Puis, un jour, tout s’arrête. Plus de vestiaire, plus de calendrier, plus de staff, plus d’objectif clair, plus de dépense physique massive. Ce qui continue, en revanche, c’est l’appétit, les habitudes, les douleurs, le stress, le vide, et parfois cette vieille croyance dangereuse : puisque l’on a été un athlète, le corps saura toujours se débrouiller.

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La prise de poids des anciens sportifs de haut niveau est souvent regardée avec une cruauté bête. On les compare à leurs images de gloire, à leurs photos de podium, à leurs corps de combat. On ricane devant un ventre, un visage gonflé, une silhouette devenue ordinaire. Comme si un ancien champion avait l’obligation morale de rester éternellement sec, rapide et sculpté. C’est oublier une chose simple : le corps sportif n’est pas un corps “normal” en meilleure version. C’est un corps exceptionnellement adapté à une vie exceptionnelle. Quand cette vie disparaît, l’équilibre disparaît avec elle.

Pendant leur carrière, beaucoup de sportifs dépensent une quantité d’énergie considérable. Deux entraînements par jour, musculation, déplacements, matches, compétitions, séances de kiné, échauffements, récupération active : leur organisme fonctionne comme une chaudière. Certains peuvent manger énormément sans grossir, non parce qu’ils possèdent un métabolisme magique, mais parce que leur dépense est gigantesque. Après l’arrêt, cette dépense s’effondre parfois en quelques semaines. Le problème, c’est que l’alimentation, elle, ne change pas toujours aussi vite. On continue à manger comme un joueur, un boxeur, un rugbyman, un nageur ou un cycliste, mais on ne vit plus comme tel.

Il y a aussi la question du muscle. Un sportif de haut niveau possède souvent une masse musculaire très développée, entretenue par des charges, des gestes répétés, une intensité permanente. Quand l’entraînement diminue brutalement, le muscle fond peu à peu. Or le muscle est un tissu coûteux pour l’organisme : il consomme de l’énergie, même au repos. Moins de muscle, moins de dépense. Si l’apport calorique reste élevé, la balance se dérègle. Le corps stocke. Ce n’est pas une trahison, c’est de la physiologie.

Mais réduire cette transformation à une histoire de calories serait trop court. Après une carrière sportive, le corps est rarement intact. Derrière les médailles et les applaudissements, il y a les genoux usés, les hanches raides, les épaules douloureuses, les dos cassés, les commotions oubliées, les tendons inflammés. Beaucoup d’anciens sportifs aimeraient continuer à bouger, mais ne peuvent plus le faire comme avant. Le sport de loisir devient parfois frustrant, presque humiliant : courir moins vite, soulever moins lourd, être essoufflé, sentir que le corps qui obéissait ne répond plus. Certains préfèrent alors arrêter complètement plutôt que de supporter cette comparaison quotidienne avec leur ancienne puissance.

La nourriture joue ensuite un rôle psychologique. Dans le sport de haut niveau, manger n’est presque jamais un acte innocent. On mange pour performer, pour prendre de la masse, pour sécher, pour entrer dans une catégorie, pour récupérer, pour obéir à un plan. L’alimentation peut devenir une discipline, mais aussi une prison. À la retraite sportive, certains découvrent enfin le plaisir de manger librement. D’autres basculent dans le désordre : compensation, grignotage, alcool, excès, restriction puis craquage. Le rapport au corps, longtemps soumis au regard des entraîneurs, des médecins, des supporters et des médias, devient brutalement instable. On ne sait plus très bien pour qui l’on mange, ni pour quel corps.

Il y a enfin le grand sujet dont on parle trop peu : l’identité. Un sportif de haut niveau n’exerce pas seulement un métier. Il est son métier. Depuis l’adolescence, parfois depuis l’enfance, il a été défini par sa performance. On l’a présenté comme “le judoka”, “la sprinteuse”, “le footballeur”, “la gymnaste”, “le champion”. Le jour où la carrière s’arrête, une question immense surgit : qui suis-je si je ne suis plus celui qui gagne, qui court, qui frappe, qui marque, qui saute, qui domine ? Le surpoids peut alors être le signe visible d’un désordre invisible. Le corps porte le deuil d’une vie entière.

Tous les anciens sportifs ne grossissent évidemment pas. Certains trouvent un nouvel équilibre, gardent une activité régulière, changent leur alimentation, acceptent leur nouveau corps. Les anciens sportifs d’endurance, par exemple, conservent parfois une meilleure hygiène d’activité que d’autres. Mais les sports de puissance, les sports à catégories de poids, les sports de contact ou les sports très traumatisants exposent davantage à des ruptures brutales. Quand on a alterné prises de masse, régimes sévères, blessures et reprises forcées, le corps n’oublie pas. Il réclame, il compense, il se protège.

La vérité, c’est que la fin d’une carrière sportive devrait être accompagnée comme une seconde naissance. On prépare les athlètes à gagner, rarement à redevenir des humains ordinaires. On leur apprend à supporter la douleur, à discipliner leur faim, à ignorer la fatigue, à transformer leur corps en outil de performance. Puis on les laisse souvent seuls au moment précis où cet outil cesse d’avoir une fonction sociale claire. Le surpoids des anciens champions n’est donc pas seulement une affaire de laisser-aller. C’est parfois le résultat d’un système qui a su fabriquer des corps exceptionnels, mais pas toujours aider ces corps à vieillir, ralentir et vivre autrement.

Au fond, ce que nous jugeons chez eux nous renvoie à notre propre peur : celle de voir un corps changer. Le champion qui grossit nous rappelle que la gloire est temporaire, que la jeunesse passe, que la performance n’est pas une identité durable. Son ventre, ses kilos, sa fatigue, ses douleurs disent une vérité que le sport-spectacle préfère cacher : aucun corps ne peut rester éternellement au sommet. Même les corps héroïques finissent par demander autre chose que des records. Ils demandent du repos, du sens, de la douceur, et parfois simplement le droit de ne plus être une machine.

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