Société

Classés sans suite : quand les victimes créent leurs propres archives de l’impunité

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Classés sans suite : quand les victimes créent leurs propres archives de l'impunité

Pendant des décennies, les violences sexuelles ont laissé derrière elles des milliers d’histoires incomplètes. Des plaintes non enregistrées, des enquêtes interrompues, des dossiers perdus dans les méandres administratifs ou simplement classés sans suite faute de preuves suffisantes. Pour de nombreuses victimes, le sentiment est toujours le même : avoir parlé pour rien.

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C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative « Classés sans suite », lancée par la journaliste Ève Simonet. Le principe est simple : permettre aux victimes de violences sexistes et sexuelles de déposer anonymement leur témoignage sur une plateforme sécurisée, qu’elles aient porté plainte ou non.

L’idée part d’un constat brutal. Lorsque les institutions ne parviennent pas à recueillir, traiter ou faire aboutir certains dossiers, la mémoire des faits risque de disparaître avec eux. Or un témoignage qui reste isolé aujourd’hui peut parfois faire écho à d’autres récits demain. Dans de nombreuses affaires médiatisées, ce sont justement l’accumulation de témoignages concordants et la prise de parole collective qui ont permis de révéler des comportements répétés sur plusieurs années.

La plateforme entend ainsi constituer une forme d’archive citoyenne. Les victimes peuvent raconter ce qu’elles ont vécu, même lorsque les faits remontent à plusieurs décennies. Même lorsque l’agresseur présumé est décédé. Même lorsque la justice ne peut plus agir. Le témoignage n’est alors plus seulement une démarche judiciaire : il devient un acte de mémoire.

L’initiative soulève évidemment des questions sensibles. Comment protéger les personnes mises en cause ? Comment vérifier les récits ? Comment éviter les instrumentalisations ? Les responsables du projet affirment avoir mis en place des procédures de sécurisation et de modération afin d’encadrer les témoignages recueillis. L’objectif affiché n’est pas de remplacer la justice mais de documenter un phénomène dont l’ampleur reste encore largement sous-estimée.

Ce projet s’inscrit dans une évolution plus large de la société. Depuis #MeToo, de nombreuses victimes ont découvert que leur expérience n’était pas un cas isolé. Les réseaux sociaux, les médias et les plateformes de témoignages sont devenus des espaces où la parole peut circuler lorsque les circuits traditionnels semblent bloqués. Certains y voient un progrès démocratique. D’autres redoutent une justice parallèle. Le débat est loin d’être clos.

Une chose est certaine : derrière chaque dossier classé sans suite, il y a souvent une personne qui continue à vivre avec ce qu’elle estime avoir subi. Que l’on approuve ou non ce type d’initiative, son existence révèle une réalité préoccupante : la défiance croissante d’une partie des victimes envers la capacité des institutions à apporter une réponse satisfaisante.

Lorsque des citoyens commencent à créer leurs propres archives de la violence, c’est peut-être le signe qu’une partie de la société estime ne plus être suffisamment entendue.

Pour les porteurs du projet, le message est clair : tant que l’impunité sera perçue comme une possibilité, les témoignages continueront à s’accumuler. Et tant que ces témoignages existeront, la question restera posée : combien d’affaires classées sans suite sont réellement terminées ? Pour témoigner ou en savoir plus :


Site officiel :

Classés sans suite

La plateforme permet aux victimes de violences sexistes et sexuelles de déposer anonymement leur témoignage, qu’une plainte ait été déposée ou non. Les initiateurs du projet assurent que le site est sécurisé et que les adresses IP ne sont pas conservées. Les témoignages peuvent également contribuer à faire émerger des récits similaires concernant un même agresseur présumé.

Cette initiative rappelle que derrière chaque affaire classée sans suite se trouve souvent une histoire qui, elle, ne s’est jamais réellement terminée.

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