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Les pédocriminels sont-ils incurables ? Ce que disent la justice, la psychiatrie et la réalité du risque

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Les pédocriminels sont-ils incurables ? Ce que disent la justice, la psychiatrie et la réalité du risque

Les pédocriminels sont-ils incurables ? La question dérange, parce qu’elle touche à ce qu’il y a de plus intolérable : l’agression sexuelle d’un enfant. Face à cela, la société a spontanément envie d’une réponse simple, définitive, presque brutale : oui, ils sont incurables, il faut les écarter à jamais. Cette réaction est compréhensible. Elle dit la colère, la peur, le besoin de protéger les enfants. Mais une société sérieuse ne peut pas se contenter d’un cri. Elle doit regarder la réalité en face, même lorsqu’elle est inconfortable.

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Tous les pédocriminels ne relèvent pas du même profil. Il faut d’abord distinguer la pédophilie, qui désigne une attirance sexuelle pour les enfants, et la pédocriminalité, qui désigne le passage à l’acte ou la participation à l’exploitation sexuelle des mineurs, notamment par la consultation, la détention ou la diffusion d’images pédopornographiques. Cette distinction n’excuse rien. Elle permet seulement de penser juste. Un homme peut avoir une attirance pédophile sans passer à l’acte. Un autre peut agresser un enfant sans relever d’un profil pédophile exclusif, par opportunisme, domination, sadisme, immaturité sexuelle, alcoolisation, trouble de la personnalité ou contexte incestueux. Dans tous les cas, l’enfant est victime. Dans tous les cas, la responsabilité de l’adulte doit être posée.

Mais si l’on veut prévenir les crimes, il faut comprendre les mécanismes, pas seulement les maudire. Sont-ils incurables ? Si l’on entend par “guérison” la disparition totale, certaine et définitive de tout désir déviant, la réponse est souvent non. Certaines attirances peuvent rester présentes toute une vie. Mais si l’on entend par traitement la capacité à ne pas passer à l’acte, à reconnaître le danger, à contrôler ses comportements, à être suivi, à éviter les situations à risque et à réduire la récidive, alors la réponse devient plus complexe : oui, certains peuvent être pris en charge. Non, cela ne garantit jamais le risque zéro. La vraie question n’est donc pas : peut-on les transformer miraculeusement ? La vraie question est : peut-on réduire le risque qu’ils fassent de nouvelles victimes ?

Et là, la réponse est oui, dans une partie des cas, à condition d’un suivi sérieux, long, contraignant et adapté. Les traitements psychologiques, notamment les thérapies cognitivo-comportementales spécialisées, cherchent à travailler sur le déni, la minimisation, les distorsions mentales, l’empathie envers les victimes, la gestion des pulsions, l’isolement, les scénarios de passage à l’acte et les stratégies d’évitement. Certains traitements médicamenteux peuvent aussi réduire la libido ou les pulsions sexuelles chez des profils à haut risque, mais ils ne remplacent pas le travail psychique, la surveillance judiciaire et l’évaluation clinique. Croire qu’une injection suffit à régler le problème serait aussi naïf que dangereux. À l’inverse, affirmer qu’aucune prise en charge ne sert à rien est une erreur. Cela revient à abandonner le terrain de la prévention. Or protéger les enfants, ce n’est pas seulement punir après coup.

C’est aussi empêcher que l’agression se produise ou se reproduise. La difficulté est que beaucoup d’auteurs nient, mentent, minimisent ou déplacent la faute sur la victime, la famille, la solitude, l’alcool, Internet, leur enfance ou leurs prétendues souffrances. Le soin n’a de sens que s’il ne devient jamais une machine à excuses. Un pédocriminel peut avoir une histoire, des troubles, des blessures, mais rien de cela ne supprime la gravité de son acte. L’enfant, lui, n’a pas à porter la complexité de l’agresseur. La priorité absolue reste la victime : protection, écoute, reconnaissance, justice, réparation, accompagnement. La prise en charge de l’auteur ne doit jamais voler la place de la victime dans le récit collectif. Elle ne doit exister que pour une raison : éviter d’autres victimes. Il faut aussi accepter une vérité froide : certains profils sont extrêmement dangereux.

Les personnalités psychopathiques, les agresseurs organisés, les récidivistes, les auteurs qui ne ressentent aucune culpabilité réelle, ceux qui élaborent des stratégies d’emprise ou qui utilisent les enfants comme objets de pouvoir doivent être considérés avec une vigilance maximale. Pour eux, le discours thérapeutique peut parfois devenir un théâtre de manipulation. Ils peuvent apprendre les mots attendus, simuler la prise de conscience, séduire les experts, contourner les interdits. C’est pourquoi la société ne doit jamais opposer soin et contrôle. Il faut les deux : jugement, peine, interdictions professionnelles, suivi socio-judiciaire, injonction de soins, contrôle des usages numériques, signalements, interdiction d’approcher des mineurs quand elle s’impose, et moyens réels pour les services chargés de surveiller. La naïveté coûte trop cher. Mais la pure vengeance ne protège pas mieux.

Dire “ils sont incurables” peut soulager moralement, mais cela ne construit pas une politique publique efficace. Dire “ils se soignent” sans préciser les limites serait tout aussi irresponsable. La position la plus juste est entre les deux : certains pédocriminels peuvent apprendre à ne plus passer à l’acte ; certains peuvent réduire fortement leur dangerosité ; certains resteront menaçants toute leur vie ; aucun ne doit être considéré comme inoffensif par principe ; tous doivent être évalués au cas par cas. Dans ce domaine, le risque zéro n’existe pas. Mais le renoncement, lui, fabrique du risque. Une société adulte doit tenir ensemble trois exigences : croire les victimes, punir les crimes, et traiter les auteurs quand cela peut éviter d’autres crimes.

Ce n’est pas de la compassion déplacée. C’est de la lucidité. La seule question qui vaille est celle-ci : qu’est-ce qui protège réellement les enfants ? La réponse n’est ni dans l’angélisme, ni dans le fantasme d’élimination. Elle est dans une politique dure, informée, continue, financée, et débarrassée des illusions.

Les pédocriminels ne sont pas tous “guérissables”. Mais les laisser sans suivi, sans traitement et sans contrôle serait offrir à leur dangerosité le meilleur allié possible : notre simplisme.

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