Société

L’immense échec d’une politique qui avait promis de mieux protéger les enfants

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L'immense échec d'une politique qui avait promis de mieux protéger les enfants

Emmanuel Macron avait promis que la protection des enfants serait l’une des grandes priorités de son deuxième quinquennat. La formule était belle, presque solennelle. Elle avait tout pour rassurer un pays déjà secoué par les affaires d’inceste, de violences sexuelles, de défaillances de l’aide sociale à l’enfance, de mineurs abandonnés à des institutions saturées, de signalements perdus dans les couloirs administratifs. Mais les faits, eux, sont impitoyables. Quatre ans plus tard, la France ne peut plus se contenter de mots. Elle regarde en face un immense échec politique.

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L’affaire Lyhanna, dans son horreur, vient cristalliser cette faillite. Le corps retrouvé a bien été identifié comme celui de la fillette de 11 ans disparue à Fleurance, selon le parquet d’Agen. Les causes de la mort restaient encore à établir au moment des premières communications judiciaires, mais l’émotion nationale est déjà là, immense, brutale, insoutenable. Le principal suspect était, selon plusieurs médias, déjà visé par des plaintes et signalements, notamment pour des faits de violences sexuelles sur mineurs. Emmanuel Macron lui-même a reconnu des « failles » et un « dysfonctionnement » inacceptable, tout en récusant l’idée que la question des moyens soit centrale. C’est précisément là que le discours devient insupportable : comment parler de failles sans parler de moyens, de délais, d’effectifs, de coordination, de suivi réel des alertes ?

Car protéger les enfants ne consiste pas à prononcer de grandes phrases après les drames. Protéger les enfants, c’est entendre les plaintes avant qu’un corps soit retrouvé. C’est traiter les signalements avant qu’ils deviennent des archives honteuses. C’est donner à la justice, à la police, aux travailleurs sociaux, aux médecins, aux enseignants et aux associations les moyens de repérer, croiser, transmettre et agir. C’est sortir enfin de cette culture française du retard, du doute, du classement, du « on verra », du « pas assez d’éléments », du « dossier complexe ». Quand un enfant est en danger, la lenteur institutionnelle n’est pas une maladresse : elle peut devenir une complicité par inertie.

Depuis des années, les rapports s’accumulent. La CIIVISE a rappelé l’ampleur massive des violences sexuelles faites aux enfants et a formulé des préconisations précises. Le chiffre de 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année en France a été largement repris dans le débat public à partir de ses travaux. Ce chiffre seul devrait suffire à provoquer une mobilisation nationale permanente, comparable à une politique de sécurité civile. Pourtant, le pays continue de fonctionner par à-coups : une commission, un rapport, une émotion, une promesse, puis le retour au brouillard administratif.

La protection de l’enfance, elle aussi, est décrite comme un système à bout de souffle. Pénurie de professionnels, placements impossibles ou retardés, départements débordés, enfants ballottés, foyers saturés, ruptures de prise en charge, manque de contrôle, manque de formation, manque de continuité : tout cela n’est pas une surprise. Une commission d’enquête parlementaire a elle-même pointé de profonds manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. On ne découvre donc pas le problème. On découvre seulement, à chaque drame, que le problème n’a pas été traité à la hauteur de ce qu’il exigeait.

Le cœur de l’échec macronien est là : avoir transformé l’enfance en priorité déclarée sans en faire une priorité d’État suffisamment structurée, financée, suivie et contrôlée. La France sait créer des comités, lancer des missions, produire des rapports, annoncer des haut-commissariats, réunir des ministres en urgence. Mais elle peine toujours à bâtir une chaîne de protection simple, rapide, lisible, implacable. Entre l’école, les services sociaux, les parquets, les départements, les associations et les forces de l’ordre, l’enfant reste trop souvent suspendu dans un vide de responsabilité. Tout le monde est concerné, donc personne n’est vraiment comptable.

Il faut aussi avoir le courage de dire que la protection des enfants n’a jamais occupé dans le macronisme la place symbolique accordée à l’économie, à l’ordre, à l’attractivité, à la start-up nation, aux réformes du travail ou aux débats sécuritaires classiques. L’enfance a été invoquée, rarement gouvernée comme une urgence absolue. Or un pays se juge à la manière dont il protège ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls. Pas à ses slogans. Pas à ses éléments de langage. Pas à ses indignations présidentielles depuis l’étranger.

L’échec est d’autant plus grave que la promesse était morale avant d’être technique. Dire que l’on protégera davantage les enfants, ce n’est pas annoncer une réforme ordinaire. C’est prendre un engagement devant les plus vulnérables. C’est promettre aux familles que l’État ne laissera pas les alertes se dissoudre. C’est promettre aux victimes qu’elles seront crues, entendues, protégées. C’est promettre aux citoyens qu’un enfant ne sera pas abandonné parce qu’un service est saturé, qu’un dossier dort, qu’un magistrat manque, qu’un département n’a plus de place, qu’un signalement n’a pas été traité à temps.

Aujourd’hui, la colère est immense parce qu’elle n’est pas seulement émotionnelle. Elle est rationnelle. Elle vient d’un constat répété : les mêmes mots reviennent après chaque affaire. « Dysfonctionnement ». « Faille ». « Enquête administrative ». « Réunion de crise ». « Plus jamais ça ». Puis les mois passent. Les familles restent avec leurs morts, les professionnels avec leur épuisement, les enfants avec leur danger, et le pouvoir avec ses déclarations.

La France n’a pas besoin d’une nouvelle séquence de communication. Elle a besoin d’une politique de protection de l’enfance dotée d’une autorité réelle, d’un pilotage national, d’effectifs, de contrôles, d’un suivi des signalements, d’une justice capable d’agir vite, d’une formation massive des adultes au contact des enfants et d’une culture institutionnelle qui cesse de minimiser la parole des mineurs. Il ne suffit pas de dire « on vous croit » ; il faut construire un système qui agit comme s’il croyait vraiment.

L’affaire Lyhanna ne doit pas être réduite à un fait divers, aussi atroce soit-il. Elle est un révélateur. Elle oblige à regarder l’écart entre la parole présidentielle et la réalité du terrain. Et cet écart est devenu vertigineux. Emmanuel Macron avait promis de mieux protéger les enfants pendant son deuxième quinquennat. Le pays découvre, une fois de plus, que les enfants restent trop souvent les oubliés de la République quand il faudrait qu’ils en soient le centre moral. C’est plus qu’une erreur. C’est une faillite.

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