Art of Juliette

Les fenêtres ouvertes.

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Les fenêtres ouvertes.

Entre dénonciation et méditation poétique, ce texte raconte la rupture avec un monde fondé sur le silence, les apparences et les compromis.
À travers les images de la lumière, des couleurs et des fenêtres ouvertes, il explore la manière dont l’art et la vérité peuvent devenir des espaces de respiration lorsque l’air manque.
Une réflexion sur le courage de voir, de dire et de rester libre au milieu des récits imposés.

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Mon ancien troupeau tolérait beaucoup de choses.

L’alcool qui déborde des verres et finit par envahir les vies.
Les fidélités piétinées.
Les frontières brouillées jusqu’à l’indicible.
Les violences que l’on recouvre d’un drap épais de silence.

Tout cela pouvait exister sans véritable scandale.

Mais qu’une parole vienne troubler l’ordre établi, qu’une voix ose nommer ce qui ne doit pas être nommé, qu’un regard se pose sur les zones interdites, et la sanction tombait aussitôt.

On ne pardonne pas à celui qui voit.
On ne pardonne pas davantage à celui qui dit.

J’ai regardé.
J’ai compris.

Et la vérité est bien laide.
Effroyablement laide.

Pas parce qu’elle révèle quelques fautes isolées, mais parce qu’elle expose un système entier de silences, de renoncements et de compromissions.

De l’inceste à la violence.
De l’injustice au mensonge.

Tout semblait avoir été absorbé, digéré, normalisé.

Circulez.
Il n’y a rien à voir.

Sous les apparences respectables, sous les récits soigneusement entretenus, j’ai découvert une lente fermentation du déni.

Une odeur de cave fermée.

De bois humide.
De tissu oublié dans l’obscurité jusqu’à moisir.

L’humiliation était enfouie sous les habitudes.

La violence sous les convenances.
La vérité sous les billets.

Tout semblait rangé dans un immense coffre-fort intérieur où l’on entreposait à la fois l’argent, les secrets, les regards détournés et les vérités enterrées vivantes.

Alors on cache.

On camoufle.
On maquille.
On étouffe.
On réduit au silence.
On détourne les yeux.
On ferme les portes.
On fabrique un récit suffisamment solide pour maintenir l’édifice debout malgré les fissures.

Et lorsque quelqu’un refuse de participer à cette mise en scène, il devient le problème.

Non parce qu’il ment.
Parce qu’il rappelle le réel.

Je n’ai rien à faire dans ce monde-là.

Je préfère la poésie.
Je préfère les couleurs.
Je préfère les lignes.

Je préfère la lumière lorsqu’elle révèle les poussières en suspension plutôt que l’obscurité qui les dissimule.
Je préfère une vérité rugueuse à un mensonge confortable.

Peut-être est-ce pour cela que j’ai tant aimé les couleurs.

Elles ne m’ont jamais menti.

Un bleu ne prétend pas être rouge.
Une ligne ne cherche pas à se faire passer pour une autre .

La lumière éclaire ou n’éclaire pas.

Il n’y a ni stratégie, ni manipulation, ni double fond.
Dans le dessin, dans la peinture, dans l’écriture, j’ai trouvé un territoire où le réel retrouvait sa simplicité.

Un espace où les choses pouvaient exister telles qu’elles étaient, sans maquillage, sans mise en scène, sans récit fabriqué pour sauver les apparences.

Lorsque le monde des adultes me semblait opaque, confus ou irrespirable, je retournais vers les formes, les couleurs et les matières.

Là, quelque chose demeurait juste.
La beauté n’était pas une fuite.
Elle était une respiration.

Une manière de rester vivante au milieu de ce qui cherchait à m’endormir.
Une fenêtre ouverte dans une maison où l’air manquait.

Ce monde là me paraît aujourd’hui rance.

Comme une nourriture oubliée trop longtemps dans une pièce sans lumière.
Comme une eau stagnante qui ne reflète plus rien.

Et lorsque la pensée hésite, lorsque quelqu’un résiste encore à l’ordre collectif, les mécanismes se mettent en marche.

On achète.
On intimide.
On discrédite.
On isole.
On tente de briser ce qui demeure libre.

Car les esprits libres sont dangereux.

Ils ouvrent les fenêtres.

Et certaines maisons ont été construites pour ne jamais laisser entrer l’air.

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