Art of Juliette

Devenir moi-même.

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Devenir moi-même.

Pendant une grande partie de sa vie, l’autrice a cru qu’il lui manquait quelque chose. Elle observait les autres, tentait de comprendre leurs codes, s’efforçait de devenir celle qu’elle pensait devoir être. Ce texte raconte le moment où cette croyance commence à se fissurer.

À travers une réflexion intime sur la différence, les attentes sociales et le regard porté sur soi, il explore le passage d’une existence consacrée à se corriger vers une vie consacrée à se reconnaître. C’est l’histoire d’une femme qui découvre que ce qu’elle considérait comme une faiblesse était peut-être sa plus grande force, et que son véritable travail n’était pas de devenir comme les autres, mais d’apprendre à devenir pleinement elle-même.

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On croit souvent que je suis froide.
Que je ressens peu.
Que quelque chose manque.

Pendant longtemps, j’ai fini par le croire moi aussi.

Je regardais les autres avec la conviction discrète qu’ils possédaient un secret qui m’échappait.

Une évidence.
Une aisance.
Une manière d’être au monde qui semblait naturelle pour eux et inaccessible pour moi.

Alors j’ai travaillé.
Toute ma vie, j’ai travaillé.

J’ai observé.
Imité.
Compensé.
Appris.
Corrigé.

J’ai consacré une énergie immense à devenir la femme que je pensais devoir être.

Une femme plus légère.
Plus sociable.
Plus spontanée.
Plus conforme.

Une femme capable de participer aux conversations sans effort.

De rester longtemps à table.
De comprendre intuitivement les règles implicites qui gouvernent les relations humaines.

Je croyais que le problème venait de moi.
Je croyais qu’il existait quelque part une version achevée de moi-même vers laquelle je devais tendre.
Comme un modèle invisible.
Une femme normale.

Et je dois reconnaître aujourd’hui la violence de cette croyance.

Car pendant que j’essayais de devenir cette femme-là, je m’éloignais de celle que j’étais.

Je regardais les autres vivre.
Je regardais les autres réussir ce qui me semblait impossible.

Et je me demandais sans cesse :

Pourquoi pas moi ?
Pourquoi est-ce si difficile ?
Pourquoi faut-il autant d’énergie pour accomplir ce qui paraît si simple aux autres ?

Je ne voyais pas que la question était mal posée.
Je cherchais une déficience.
Je cherchais un manque.

Là où il existait une autre organisation du monde.

Pendant des décennies, j’ai vécu comme si ma mission était de me corriger.
Comme si ma vie entière consistait à réduire l’écart entre moi et une norme imaginaire.

Quelle fatigue.
Quelle tristesse aussi.

Car pendant que je tentais de devenir quelqu’un d’autre, une partie de moi attendait.

Silencieusement.

La femme qui dessinait.
La femme qui écrivait.
La femme qui voyait des correspondances partout.
La femme qui s’arrêtait devant une lumière sur un mur alors que les autres poursuivaient leur chemin.
La femme qui percevait les nuances avant les certitudes.
La femme qui préférait comprendre plutôt qu’appartenir.

Je la considérais comme un problème.

Elle était peut-être mon trésor.

Aujourd’hui, quelque chose s’est inversé.

Je ne cherche plus à devenir normale.
Je cherche à devenir fidèle

Fidèle à ce que je vois.
Fidèle à ce que je ressens.
Fidèle à cette manière singulière d’habiter le monde.

Je ne veux plus consacrer ma vie à réparer ce qui n’est pas cassé.
Je veux consacrer ma vie à développer ce qui est vivant.
Écrire.
Dessiner.
Observer.
Transmettre.
Partager.

Non parce que je me crois exceptionnelle.

Mais parce que je comprends enfin que ce regard particulier sur le monde constitue ma responsabilité.

Peut-être même ma tâche.

Je ne me suis jamais sentie en dehors de la vie.
Je me suis souvent sentie en dehors du social.

Ce n’est pas la même chose.
La vie est partout.

Dans la lumière qui change de couleur à la tombée du jour.
Dans le rythme d’une branche sous le vent.
Dans le silence entre deux phrases.
Dans les nuances infinies d’une émotion.
Dans la façon dont une musique ouvre soudain un espace intérieur.

Je me sens profondément reliée à cela.

Profondément reliée au vivant.

Peut-être même davantage qu’aux conventions qui prétendent parfois le représenter.

Pendant des décennies, j’ai cru que mon travail consistait à devenir comme les autres.

Aujourd’hui, je comprends que mon travail était de devenir moi-même.

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