Né à Rawalpindi, au Pakistan, au début des années 1950, Ali Akbar arrive à Paris en 1973 après un parcours de vie mouvementé. Très vite, il trouve sa place dans le quartier latin en vendant des journaux à la criée, une profession qui comptait encore plusieurs dizaines de représentants dans la capitale à cette époque. Aujourd’hui, il est considéré comme le dernier vendeur de journaux à la criée de France, et peut-être même d’Europe.
Son célèbre « Ça y est ! » lancé avec énergie est devenu une signature. Mais Ali Akbar ne vend pas seulement des journaux. Il vend aussi de la bonne humeur, des sourires et des échanges humains. Connu pour ses faux titres improvisés et ses plaisanteries, il transforme chaque vente en petite scène de théâtre. Là où beaucoup voient un métier disparu, lui continue de défendre une certaine idée du lien social.
Au fil des décennies, il a vu défiler les modes, les gouvernements, les crises et les révolutions technologiques. Il a connu l’époque où l’on vendait des centaines de journaux par jour et celle où l’information est devenue numérique. Malgré l’effondrement des ventes de presse papier, il a refusé d’abandonner. « Ce n’est pas pour l’argent », explique-t-il souvent. Ce qu’il aime avant tout, ce sont les rencontres et la vie de quartier.
Cette fidélité exceptionnelle à Paris et à Saint-Germain-des-Prés a fini par être reconnue au plus haut niveau de l’État. En 2025, puis lors d’une cérémonie officielle à l’Élysée en 2026, Ali Akbar a été distingué par l’Ordre national du Mérite, remis par le président de la République, qui fut lui-même l’un de ses clients lorsqu’il était étudiant. Une consécration pour celui qui est devenu, au fil du temps, une véritable institution parisienne.
Dans un quartier où tant de librairies, de cafés mythiques et de figures populaires ont disparu, Ali Akbar demeure. Sa présence rappelle un Paris plus humain, plus lent, où l’information circulait de main en main et où les vendeurs de journaux faisaient partie de la vie quotidienne. À travers lui survit un morceau de l’histoire de Saint-Germain-des-Prés, une histoire faite de rencontres, de culture et de fidélité.
Tant qu’Ali Akbar continuera de parcourir les rues avec ses journaux sous le bras, Saint-Germain-des-Prés conservera une part de son âme.
