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Violences après le match du PSG : quand la fête populaire devient le miroir d’un malaise français

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Violences après le match du PSG : quand la fête populaire devient le miroir d'un malaise français

Que dire de toutes ces violences consécutives au match du PSG ? D’abord ceci, qui devrait aller de soi mais qu’il faut répéter : une victoire sportive n’est pas une autorisation de casser, brûler, piller, frapper, terroriser. La joie populaire a ses excès, ses chants, ses fumigènes, ses embrassades, ses marées humaines, ses klaxons, ses ivresses parfois un peu ridicules.

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Mais elle n’a pas vocation à se transformer en scène de guérilla urbaine. Après le sacre européen du Paris Saint-Germain face à Arsenal, la France n’a pas seulement vu des supporters célébrer un exploit sportif ; elle a vu, une fois encore, une minorité s’emparer de la nuit comme d’un permis de destruction.

Le bilan est lourd : près de 890 interpellations en France, plus de 200 blessés selon plusieurs médias, des voitures incendiées, des vitrines attaquées, des affrontements avec les forces de l’ordre, et des comparutions immédiates dès le lendemain.
Il faut pourtant se méfier d’un raccourci paresseux : les casseurs ne résument pas les supporters. La grande majorité des amoureux du PSG voulait simplement vivre un moment historique, celui d’un club longtemps moqué pour ses désillusions européennes et soudain porté au sommet.

Dans les rues de Paris, il y avait des familles, des jeunes, des anciens, des gamins en maillot, des gens heureux de voir leur ville vibrer. Réduire cette foule à ses débordements serait injuste. Mais l’inverse serait tout aussi faux : faire comme si ces violences n’étaient qu’un détail marginal, une poussière dans l’euphorie, serait une lâcheté. Quand une fête exige des milliers de policiers, quand elle laisse derrière elle des blessés, des commerces vandalisés et des habitants écœurés, il ne s’agit plus seulement d’un problème de football. Il s’agit d’un symptôme.

Ce symptôme dit quelque chose d’une société où le passage de la joie à la rage semble de plus en plus rapide. Il suffit d’un grand événement, d’une victoire, d’une défaite, d’un rassemblement massif, pour qu’une fraction d’individus vienne chercher autre chose que la fête : l’affrontement, la prédation, la sensation de puissance dans le désordre. Le football devient alors un décor, presque un prétexte. On porte parfois le maillot, mais on ne célèbre pas vraiment le club. On vient occuper la rue, défier la police, casser du mobilier urbain, filmer le chaos, exister par la brutalité. Le PSG n’est plus la cause, il devient l’alibi.

Le plus inquiétant est peut-être cette impression de répétition. On sait avant même le coup de sifflet final qu’il faudra verrouiller les Champs-Élysées, mobiliser les CRS, anticiper les pillages, surveiller les motos, les mortiers, les mouvements de foule. La fête est programmée avec son service après-vente sécuritaire. C’est devenu presque banal, et cette banalité est terrible. Dans un pays sain, une victoire sportive devrait produire de la mémoire commune, pas un bulletin de guerre civile miniature. Elle devrait fabriquer du récit, des images de fraternité, des enfants qui se souviendront d’une nuit lumineuse. Là, elle fabrique aussi des images de vitrines fracassées et de fumées noires.

Il serait trop simple d’en faire uniquement une affaire de police. Bien sûr, l’ordre public doit être tenu, et les violences doivent être sanctionnées. Les premières peines prononcées après les comparutions immédiates rappellent que la justice ne peut pas regarder ailleurs quand il y a violences sur policiers, détention de mortiers ou vols avec violence. Mais la question dépasse la matraque et le tribunal. Elle touche à l’éducation collective, au rapport à la limite, à la responsabilité individuelle, à cette étrange tolérance française pour le débordement dès lors qu’il se cache derrière une foule. On excuse trop vite sous prétexte d’ambiance, d’émotion, de jeunesse, de contexte. Non. Une émotion ne brûle pas une voiture. Une victoire ne frappe pas un policier. Une fête ne pille pas un magasin.

Il faut aussi dire que les autorités françaises semblent enfermées dans une gestion défensive de ces grands rassemblements. On encadre, on disperse, on interpelle, mais on subit souvent la dynamique de foule plus qu’on ne la maîtrise. Certains spécialistes du maintien de l’ordre estiment d’ailleurs que la France peut encore améliorer sa stratégie dans la gestion des foules sportives, notamment en distinguant mieux les vrais supporters des groupes venus pour l’affrontement. C’est un point essentiel : traiter toute une foule comme une menace peut aggraver la tension ; ne pas identifier assez tôt les noyaux violents peut laisser pourrir la situation. Entre la naïveté et la brutalité, il doit exister une méthode plus intelligente.

Mais le fond demeure moral autant que sécuritaire. Une ville n’est pas un défouloir. Les riverains ne sont pas des figurants. Les commerçants n’ont pas à payer la facture symbolique d’un match gagné. Les policiers, pompiers, agents municipaux, chauffeurs, soignants, n’ont pas à devenir les amortisseurs physiques d’une euphorie qui dégénère. On ne peut pas réclamer de la fête, du collectif, du populaire, puis accepter que ce populaire soit confisqué par quelques centaines d’individus qui confondent liberté et impunité.

Le PSG, lui, doit aussi mesurer la responsabilité symbolique de sa puissance. Un grand club n’est pas seulement une machine sportive et commerciale ; c’est une force sociale. Quand il gagne, il déplace des foules, il allume des passions, il produit une énergie immense. Il ne peut pas être tenu pour responsable de chaque acte commis en son nom, mais il peut participer à construire une culture de célébration moins sauvage, plus familiale, plus organisée, plus digne.

Le football français ne peut pas vouloir les émotions de masse sans penser les conditions de leur expression.

Au fond, ces violences racontent une contradiction française : nous aimons les grandes fêtes, mais nous ne savons plus toujours les protéger de ceux qui les salissent. Nous voulons vibrer ensemble, mais nous acceptons trop souvent que le vivre-ensemble se termine derrière des cordons de police. La victoire du PSG aurait dû être une nuit de communion. Elle l’a été pour beaucoup.

Mais elle a aussi révélé cette part abîmée du pays, cette minorité qui ne supporte pas qu’un moment collectif reste beau, simple, partagé. Alors que dire ? Que la fête doit rester la fête. Que la joie n’a pas besoin de flammes pour être intense. Et qu’un peuple qui ne sait plus célébrer sans casser finit par perdre quelque chose de plus précieux qu’un match : sa capacité à transformer la victoire en beauté commune.

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