Pourquoi la bisexualité de Loana dérange et interroge encore ?

Pourquoi la bisexualité de Loana dérange et interroge encore ?

La bisexualité de Loana n’est pas un détail croustillant de plus dans une existence déjà surexposée. Elle est au contraire l’un des fils rouges les plus révélateurs de la manière dont la société, les médias et le public se sont approprié son corps, son image et jusqu’à son intimité la plus profonde.

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Depuis Loft Story, Loana n’a jamais cessé d’être observée, disséquée, fantasmée. Mais derrière les unes racoleuses et les commentaires faciles, il y a une réalité plus dérangeante : celle d’une femme dont la liberté affective a été constamment réduite à un sujet de curiosité, voire de suspicion.

Car ce qui intrigue dans la bisexualité supposée ou revendiquée de Loana, ce n’est pas tant le fait lui-même, banal dans une société qui se veut ouverte, que la manière dont il est utilisé pour nourrir un récit. À chaque relation féminine évoquée, à chaque silence aussi, la machine médiatique s’emballe. On cherche des preuves, des confirmations, des aveux. Comme si aimer autrement devait forcément être expliqué, justifié, exhibé. Chez Loana, cela devient presque une pièce à conviction dans un procès permanent : celui de sa normalité.

Il faut être honnête, si Loana avait été un homme, cette question n’aurait jamais pris une telle ampleur. Chez une femme, surtout lorsqu’elle a incarné un fantasme collectif au début des années 2000, la bisexualité dérange parce qu’elle brouille les codes. Elle échappe à la catégorisation facile. Elle déstabilise un regard masculin qui avait fait de Loana un objet de désir parfaitement lisible. En refusant, volontairement ou non, de rester dans ce cadre, elle devient insaisissable, et donc inquiétante pour certains.

Mais le vrai sujet est ailleurs. La bisexualité de Loana est aussi révélatrice de son rapport au monde, souvent instinctif, parfois chaotique, toujours intensément vécu. Elle raconte une quête d’amour qui dépasse les normes, une manière d’aimer sans filtre, sans stratégie, sans protection. Et c’est peut-être cela, au fond, qui met mal à l’aise : cette incapacité à jouer le jeu social attendu.

En réalité, cette focalisation permanente en dit plus sur nous que sur elle. Elle révèle une société qui prétend avoir intégré toutes les orientations, mais qui continue de hiérarchiser, de juger, de scruter. Une société qui accepte la bisexualité tant qu’elle reste théorique, mais qui la transforme en anomalie dès qu’elle s’incarne dans une figure populaire, imparfaite, vulnérable.

Loana, elle, n’a jamais été un symbole propre. Elle est une contradiction vivante. Une femme libre dans ses élans, prisonnière dans son exposition. Sa bisexualité n’est ni un argument, ni une anomalie, ni même une clé d’explication unique. C’est simplement une part d’elle, devenue malgré elle un sujet public. Et c’est précisément là que réside le malaise : dans cette incapacité collective à laisser une femme exister sans devoir la définir.

le 28/03/2026
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