Charlie Hebdo attaque Loana après sa mort, satire ou pure méchanceté ?
Il est des dessins qui font rire, d’autres qui dérangent, et puis il y a ceux qui tombent à côté. Celui publié par Charlie Hebdo autour de la mort de Loana appartient clairement à cette dernière catégorie. Non pas parce qu’il choque, la satire a toujours choqué, mais parce qu’il vise mal, et surtout, qu’il vise faible.
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Loana, Charlie Hebdo et la frontière du mépris...
S’attaquer à Loana, c’est s’attaquer à une femme dont la fragilité était connue de tous. Une trajectoire cabossée, une santé mentale mise à rude épreuve, une descente lente et publique que personne ne pouvait ignorer. Faire de cela une matière à moquerie n’a rien de subversif. C’est facile. Trop facile.
La tradition satirique française, celle qui fait la grandeur de journaux comme Charlie Hebdo, repose sur une idée simple : frapper le pouvoir, déranger les puissants, pointer les hypocrisies. Ici, on est à l’opposé. On ne tape pas vers le haut, on tape vers le bas. Et quand la satire s’acharne sur les plus vulnérables, elle cesse d’être insolente pour devenir simplement cruelle.
Le problème n’est pas la liberté d’expression. Elle doit rester totale, y compris pour ce type de dessin. Mais la liberté n’exonère pas du jugement. On a le droit de publier, comme on a le droit de dire que c’est mauvais, inutile, et même indigne. Et ce dessin l’est.
Parce qu’il ne dit rien. Il n’apporte aucune lecture du monde, aucune critique sociale, aucune mise en perspective. Il se contente de réduire une femme à son physique, à ses excès supposés, à ses failles. C’est une caricature vide, sans intelligence, sans recul, sans nécessité.
Et surtout, il y a quelque chose de profondément déplacé dans le timing. La mort, surtout quand elle touche une personne déjà fragilisée, appelle un minimum de retenue. Pas par morale bourgeoise, mais par simple décence humaine. La satire peut être violente, elle n’a pas besoin d’être bête.
Ce genre de dessin pose une question plus large : jusqu’où peut aller la provocation avant de devenir contre-productive ? Quand elle ne fait plus rire, quand elle ne fait plus réfléchir, quand elle ne fait que susciter du rejet, elle perd sa raison d’être.
Charlie Hebdo a souvent été brillant, incisif, nécessaire.
Mais ici, ils se trompent de cible. Et quand on se trompe de cible, on ne fait plus de satire. On fait du bruit.
