Que ressent un neuro-atypique lorsqu’il se promène en ville ?
La rue c’est de la vitesse, du vide sonore qui résonne, du vacarme, de la ferraille qui claque, ça explose dans mon corps. La circulation c’est le tourbillon d’un non-sens de véhicules, des objets roulants non identifiés, des sortes de gros légos pour adultes. Il y en a des petits, des rapides, des lents. Ça créer des contre-temps, des contre-sens, tout le temps, sans rythme, de manière désorganisée et ça transgresse les règles. Il y a des visages, des silhouettes en mouvements, des fantômes masqués, des pantins désarticulés, des comédiens du quotidien, des usurpateurs de ma réalité.
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Je vois des rires, des sourires, des grimaces, des visages fermés, des visages crispés. J’entends les cris à des kilomètres de rues perpendiculaires. Le bruit des Klaxons semblent sonner contre mes oreilles mais j’entends aussi tous les bruits qui se trouvent beaucoup plus loin. Tout se mélange dans mon cerveau, je prends tout en pleine face. Ce sont des accumulations de sons, des couches successives de bruits que je vies comme une torture sensorielle.
Je capte tout, du simple bruit au simple mot, des sirènes hurlantes jusqu’à la discussion d’un couple plus loin. J’entends tout de ce monde qui n’utilise pas le même langage que moi. Double punition. Mon cerveau n’a pas de filtre. Ce n’est pas un choix ni un manque d’effort. Aucune suppression automatique des signaux chez moi. Toutes mes sensations sont amplifiées. En moi subsiste une hyperconnectivité locale. Toutes les zones sensorielles sont très actives, puissantes.
Je ne suis protégée sensoriellement, émotionnellement de rien et le tout dans une indifférence sociétale totale. J’entends tout même quand je ne le veux pas. Le monde m’impose sa cacophonie métallique. J’entends le détail qui se mélange à des phrases. J’entends la sonnette d’un vélo qui se mixe avec le bruit d’un outil quatre rues plus loin. J’analyse la composition des odeurs, la pourriture, la moisissure, je décompose les parfums des êtres que je croise. Mon cerveau affiche la recette olfactive en images et en couleurs.
Le bruit c’est de la violence cruelle pour les neuroatypiques, une torture auditive constante, permanente. Ce sont les marteaux piqueurs qui sont dans ma tête, ce sont les odeurs qui s’imprègnent dans mes narines. Tout est ressenti beaucoup plus intensément, tout est fait pour nous mettre à terre émotionnellement.
J’ai mal aux tympans, j’ai mal au coeur, j’ai la nausée. Ça hurle dans ma tête, ça résonne, ça tamponne. Le bruit est gris, lebéton résonne, je me sens enfermée dans une machine à laver en mode « essorage ». La ville c’est un labyrinthe anti-rythme naturel qui me fracasse. Ç’est vert, gluant, gris, froid, glacial.
La rue ce sont des vomis d’êtres humains sur le bas côté, c’est de la puanteur et de la crasse que je sens. Je vois les rats, les crachats, je sens l’odeur de la pornographie, les capotes au sol et les merdes de chiens. Je vois tout, je sens tout, je capte tout les détails. Je reçois les sons et les parfums de ce monde sans précaution. Je ressens tout malgré moi. C’est jaune-vert épais, c’est effroyable d’images et de ressentis violents. Ça me colle à la rétine, ça pollue mon esprit.
Mais c’est beau quand je lève la tête. Je me raccroche à la poésie d’un nuage qui se déplace. Ma sensibilité a des avantages. Je vois des choses que vous ne verrez jamais, je ressens des choses que vous ne ressentirez jamais, je sens des choses que vous ne sentirez jamais.
Mon monde est émotionnellement magique et pour le votre… j’ai trouvé un nouvel ami : le casque de chantier anti-bruit.
