Rencontre avec JAHEN, la douceur brute d’un artiste qui cherche l’essentiel (en Concert à Paris le 16 avril)

Rencontre avec JAHEN, la douceur brute d'un artiste qui cherche l'essentiel (en Concert à Paris le 16 avril)

JAHEN est un artiste qui ne se contente pas de fabriquer des chansons, il préfère les laisser émerger comme une nécessité intérieure. Chez lui, pas d’esbroufe ni de stratégie, mais une quête presque intime de vérité, une manière de creuser toujours plus profond pour toucher quelque chose de juste, de sensible, d’universel.
Nourri de poésie, de mélancolie et d’une écoute fine du monde, il compose comme on se confie, avec une délicatesse rare et une sincérité désarmante.

À l’heure où tout va vite, où la musique se consomme autant qu’elle s’oublie, JAHEN ralentit, s’isole, et cherche l’épure. Rencontre avec un artiste en mouvement, qui avance vers lui-même pour mieux toucher les autres. Questions à un artiste ultra doué et sensible...

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.

Avant même de parler de musique, j’aimerais commencer simplement : qui est JAHEN aujourd’hui ? Qu’est-ce qui t’anime profondément quand tu crées ?

Bonjour Frédéric ! Je pense aller aujourd’hui de plus en plus vers la simplicité, à la recherche d’une forme de sobriété, d’épure. Je suis convaincu que plus on avance, plus on va vers soi. Alors ma mission, ce qui m’anime, c’est d’être le plus fidèle possible à ma vision du monde, à ma singularité : faire une musique au plus proche de mon épicentre en termes d’énergie brute.

Il y a dans tes chansons une sensibilité très particulière, une forme de délicatesse dans la manière de poser les mots et les mélodies. D’où vient cette sensibilité musicale ?

Merci, j’ai toujours été très connecté à mes sensations et sensible à, je dirais, l’harmonie qu’il y a dans les choses. Mon hypersensibilité me permet, je crois, de recréer un pont entre le brut de mon ressenti et un certain ordre avec les mots et les rythmes. J’ai étudié les lettres modernes, Shakespeare, un peu d’histoire de l’art, tout ce qui est poétique m’aiguille et m’inspire. Très jeune, j’ai été bercé aux vinyles de Léonard Cohen, ça en fait de bons enseignants !

Quand naît une chanson chez toi, est-ce d’abord une émotion, une phrase, une mélodie… ou un moment de vie qui cherche à se transformer en musique ?

En règle générale, c’est une mélodie que je fredonne et enregistre quasi immédiatement, souvent pour la retrouver plus tard, parfois pour la convertir en morceau immédiatement. Je donne souvent un titre immédiatement au morceau qui me sert de guide, c’est très instinctif, automatique. Plus tard, il y a un retravail qui est un peu comme ouvrir un coffre aux trésors, le morceau se révèle ; ou c’est un peu comme une peinture que je retravaille en superposant de nouvelles couches pour l’emmener ailleurs, mais j’écoute avant tout ce qui veut sortir de moi, je suis la main mais c’est mon intériorité qui la guide.

Ta musique donne souvent l’impression d’être très intime, presque confidentielle. Est-ce une manière de partager ton monde intérieur ou de créer un espace où chacun peut se reconnaître ?

Oui, ma musique, c’est exactement ça, le partage de mon monde intérieur, tes mots sont parfaitement adéquats ! Il n’y a aucun calcul, juste une recherche de fidélité à qui je suis à ce moment précis.

Quels artistes, quels disques ou quelles rencontres ont marqué ton parcours et nourri ton univers musical ?

Léonard Cohen, Neil Young, Blake Mills, Adrianne Lenker et son groupe Big Thief, Phoebe Bridgers et son album Strangers in the Alps et ses autres projets, Elliott Smith... en France, Gainsbourg et Mélody Nelson ; Tété avec son album L’air de rien m’a profondément inspiré, car écrire en français à la manière d’un Anglais avec tant de poésie, c’est une véritable prouesse.

Cet album m’a beaucoup marqué, il est shakespearien et baudelairien à la fois, une merveille de poésie, d’humour et de mélancolie. J’aime, tu l’auras compris, la poésie, la mélancolie, les mots et les mélanges de sentiments, la force des émotions, les voix habitées, ces artistes ont tout ça. La force et la finesse, il me faut les deux.

Dans un monde très rapide, où la musique est parfois consommée presque instantanément, comment gardes-tu le temps et la profondeur nécessaires à la création ?

J’écoute les choses un peu au hasard, j’avoue, souvent dans un style folk, et je cherche des ramifications sur les plateformes d’écoute, souvent en faisant du sport ou en balade. Pour le reste, je me connecte aux infos le moins possible, juste assez pour saisir les enjeux de notre époque, puis je me retire dans ma bulle.

J’ai besoin d’être à l’écart et je trouve l’inspiration dans mon quotidien, des mots entendus, quelque chose qui attire mon regard, l’inspiration est partout. Il me faut souvent attendre, passer des périodes d’ennui ou faire tout autre chose que de la musique et après je mélange tout ça, ou plutôt tout ça se mélange et vient frapper à ma porte comme un arbre mal taillé qui a trop poussé, alors je sors mon stylo et mes cisailles.
J’attends que mon inconscient me parle.

La scène est souvent un moment très particulier pour un musicien. Qu’est-ce que tu ressens lorsque tu chantes face au public ?

Je peux être assez anxieux avant d’aller sur scène, c’était le cas avant en tout cas, car en plus du live je gérais beaucoup de choses et au final c’est ça qui me stressait et me polluait, je courais un peu partout et ça affectait ce moment précieux de rencontre, je trouve, je m’en suis aperçu récemment.

La musique est un drôle de métier sans obligation de résultat, malgré nos améliorations, où l’on se cherche et où le temps nous manque si on ne le prend pas, et quand on veut faire avancer les choses, que ça aille vite, souvent elles reculent. C’est tout cela qui, je crois, m’éloignait du plus important : être au plus proche de mes compositions, prendre le même plaisir à jouer qu’au moment où je compose, être moi, point, et peu importe si tel ou tel professionnel aime ou pas, faire les choses à mon tempo.
Bizarrement, ces derniers temps, je ne suis pas du tout stressé, je lâche prise et vais davantage à mon rythme. Je ne cherche pas à ce que ça plaise mais à ce que ça me plaise avant tout. J’ai fait un de mes premiers concerts solo, avec envie, et ça a été un moment de partage incroyable, je ne veux plus vivre que des moments comme ça.

Y a-t-il un thème, une émotion ou une question qui revient souvent dans tes chansons sans que tu l’aies forcément décidé ?

Ça parle souvent de relations humaines, de liens, de moments de rupture, d’avancer malgré les obstacles, de résilience et de plus en plus de la beauté du monde.

Quand tu regardes le chemin parcouru depuis tes débuts, qu’est-ce qui a le plus changé dans ta manière de faire de la musique ?

Je fais de plus en plus de choses seul, préservé des avis extérieurs. J’ai un trouble de l’attention qui me fait prendre en compte beaucoup de choses, alors me connaissant mieux, je me préserve pour révéler ma singularité au maximum. Ce qui en ressort, c’est la simplicité, je vais vers les choses les plus brutes possibles avec un maximum de fluidité, je ne force plus.

Et pour quelqu’un qui découvrirait JAHEN aujourd’hui, quel morceau lui conseillerais-tu d’écouter en premier pour entrer dans ton univers ?

Pas facile, je dirais qu’écouter Jungle sur mon album Shelters ou alors All I Wish For sur mon dernier EP conviendrait bien !


INSCRIPTIONS POUR SON CONCERT A PARIS LE 16 AVRIL 2026 à 20 heures :
Showcase Acoustique de Jahen au Listener, Paris 2,
10 Rue Vivienne. https://www.indelible-records.com/inscriptions

Suivre JAHEN :
Instagram
YouTube
Spotify
Facebook

le 24/03/2026
Impression