Le retour des tabous sexuels, une société plus libre… ou plus coincée qu’avant ?

Le retour des tabous sexuels, une société plus libre… ou plus coincée qu'avant ?

On pensait avoir tout libéré. Le corps, le désir, les pratiques, les mots mêmes pour les dire. Depuis les années 70 jusqu’à l’explosion d’Internet, la sexualité semblait avoir quitté le champ du secret pour entrer dans celui de l’expression totale, presque banale. Et pourtant, quelque chose a changé. Lentement, presque insidieusement, un nouveau climat s’est installé : plus surveillé, plus normé, parfois même plus pudibond. Comme si, derrière l’apparente liberté, une autre forme de contrôle avait pris le relais.

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Aujourd’hui, tout peut se dire, mais pas n’importe comment. Les réseaux sociaux, devenus les nouveaux espaces de sociabilité, imposent leurs propres règles. Un mot de trop, une phrase mal interprétée, et la sanction tombe : critiques, mises à l’écart, voire lynchage numérique. Résultat, beaucoup préfèrent se taire. Non pas par manque de désir ou de curiosité, mais par peur du regard des autres. Le tabou ne disparaît pas, il change simplement de visage.

Ce paradoxe est frappant : jamais la sexualité n’a été aussi visible — dans les séries, les médias, la publicité — et pourtant jamais elle n’a semblé aussi encadrée dans les conversations ordinaires. On montre tout, mais on parle moins librement. On consomme des images, mais on hésite à exprimer ses propres envies. Une liberté de façade, en quelque sorte, qui masque une nouvelle forme de retenue.

Il y a aussi une transformation plus profonde : la montée d’une exigence morale et relationnelle. Consentement, respect, égalité — des notions essentielles, évidemment — mais qui, mal comprises ou mal utilisées, peuvent parfois créer un climat de tension. Certains n’osent plus aborder, séduire, tenter, de peur de mal faire. Là encore, le désir ne disparaît pas, il se replie.

Alors, sommes-nous vraiment plus libres qu’avant ? Ou simplement passés d’un tabou ancien, fondé sur la morale traditionnelle, à un tabou moderne, fondé sur la peur du jugement social ? La réponse est sans doute entre les deux. La liberté existe, indéniablement, mais elle demande aujourd’hui plus de finesse, plus de conscience, presque plus de stratégie.

Ce qui est certain, c’est que la sexualité reste un miroir de la société. Et si elle semble aujourd’hui plus complexe, plus ambiguë, c’est peut-être parce que notre époque elle-même l’est devenue. Entre désir d’émancipation et besoin de cadres, entre liberté individuelle et pression collective, chacun tente de trouver sa place. Pas si simple, finalement, d’être libre.

le 24/03/2026
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