Comment se faire des amis en politique ! (Platon)
(Dans cette série exclusive sur Lemague.net, Juliette Savaëte nous raconte ses rencontres imaginaires avec les grands artistes du monde de l’art ou d’ailleurs, morts ou bien vifs.)
Le psychiatre : - Avez-vous eu des difficultés à vous faire des amis ?
Se faire des amis ?? je ne comprends pas ce concept. Je n’ai pas d’amis, je ne sais pas pourquoi. C’est étrange pour moi d’observer le fonctionnement des « amis ». C’est comme faire un jeu de société. Je rêve d’une société sans jeux. Je ne comprends pas l’engouement qu’on les amis à se faire des jeux de société entre eux.
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Pour moi ils remplissent un vide. C’est maquiller, théâtraliser la réalité, se jouer de l’instant présent au lieu de se parler de manière profonde et ouverte. Un jeu de société ce sont des règles imposées, des alliances, des stratégies de groupe qui me mettent mal à l’aise.
Lorsque j’étais enfant et qu’on me proposait de jouer au Monopoly les jours de pluie, cela m’angoissait, pourtant, autour de moi les autres étaient excités et heureux à l’idée de jouer. Je n’aimais pas non plus gagner, je créais de nouvelles règles. Je passais de l’argent discrètement sous la table à celui qui en perdait. J’ai des relations mais je ne sais pas les garder. Cela me soulage et parfois cela me pèse. Pour moi un ami peut tout entendre.
En général la relation se termine toujours par un clash irrévocable et sans sommation. Je dis une vérité et la personne se braque. Je ne sais pas non plus comment font les gens pour entretenir une relation. Je sais m’occuper des plantes, de la nature, des animaux, mais m’occuper d’une relation humaine je ne le sais pas. C’est compliqué de créer du lien dans le temps.
Je suis bien trop exigeante envers l’autre. J’ai du mal à accepter les failles, les faiblesses, les manques, les imprécisions, les erreurs. Je ne comprends pas le fonctionnement de l’amitié. Ce n’est pas une souffrance, c’est juste un constat. J’aime aussi me sentir libre.
Avoir des amis c’est comme avoir des devoirs à faire après l’école, cela me rajoute une sorte de pression, comme si j’avais des comptes à rendre. Je suis aussi très exigeante avec moi, et je ne comprends pas que l’autre ne le soit pas avec lui-même.
Je suis souvent très déçue. J’ai besoin d’entièreté, de vérité, de sincérité, d’engagement, de militantisme pur.
Je jette un oeil discret sur mon téléphone.
Un sms, d’un numéro que je ne connais pas en attente.
Dans la vie Juliette, il y a aussi ce jeu bien trop sérieux qui embarque la société dans une réalité stratégique politique bien sale.
Platon
Moi : Ton message arrive comme un souffle d’air frais en ces temps bien cyniques Platon. C’est noir-marron-gluant, ça sent mauvais, le rance, l’avarié, le réchauffé et re-congelé. C’est de la moisissure en mots, un langage qui manipule les ignorants.
Platon : J’ai tout comme toi Juliette, une vision idéale de ce que pourrait- être la politique. Je constate avec regret que ce ne sont pas les plus sages qui gouvernent.
Moi : La politique est le jeu de société le plus redoutable, n’est-pas Platon ?. Je rêve qu’enfin nous ayons des philosophes de ta trempe pour nous gouverner.
Platon : Je ne suis pas un bon candidat. Je rejette ce cynisme ambiant. C’est de la politique stratégique qu’on nous propose.
Moi : J’en ai mal au ventre, mes intestins ne digèrent pas. C’est sale, c’est faux, c’est calculer plutôt que croire, c’est manipuler plutôt que dire, c’est gagner plutôt que comprendre. Je préfère le vrai, même fragile, même imparfait qu’à ce jeu tactique qui ne cesse de broyer des vies.
Platon : Tu n’es pas faite pour ces jeux de pouvoir Juliette. Les stratégies politiques demandent de l’anticipation constante. Tu ne sais pas lire les intentions cachées et ces rapports de force permanents ne t’intéressent pas. Ton monde est un monde de création, de vérité et de pureté.
Moi : La stratégie politique c’est souvent influencer l’autre, le contrôler et le neutraliser. C’est froid, glacial, abstrait, mécanique, désincarné. J’y vois les ficelles, je comprends les manipulations, je ressens du dégout.
Platon : Juliette, tu es un être qui pense en sensations, qui voit en images, qui ressent de manière intense les ambiances. Tu n’es pas obligée de jouer à un jeu que tu juges médiocre.
Moi : Je n’ai malheureusement pas le pouvoir de changer les règles ici comme lorsque j’étais enfant.
Platon : Dire, écrire, créer Juliette, c’est jouer à son propre jeu avec ses propres règles. Tu es plus libre que cet air frais que tu attendais. C’est l’ultime pouvoir ne l’oublies pas.
