Critique de "Clamser à Tatouine", Raphaël Quenard (Flammarion)

Critique de "Clamser à Tatouine", Raphaël Quenard (Flammarion)

Raphaël Quenard, c’est comme si Audiard avait fait un gosse avec une bouteille de Pulco citron et un dictionnaire de rimes riches. Dans son premier livre, il déboule comme un chien joyeux dans un jeu de quilles trop bien rangées. Ça jappe, ça saute, ça mordille la syntaxe avec gourmandise, ça pisse un peu sur les convenances, et surtout : ça respire une liberté délicieusement contagieuse.

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Il écrit comme il parle — avec le feu au bec, l’œil qui frise, et le cœur au bord des lèvres. C’est cru ? Parfois. C’est vulgaire ? Jamais gratuitement. C’est libre ? Mon Dieu, oui. Et c’est là que ça fait du bien : dans cette époque où tout écrit semble devoir passer par la case validation morale, Raphaël se permet tout. Non pas par provocation, mais par vitalité. Il nous rappelle qu’un livre n’a pas à éduquer, encore moins à plaire à tous. Il doit vivre, point.

Et ça vit. Ça vit comme un vieux moteur deux-temps qu’on aurait graissé au pastis.
Ça tousse, ça fume, ça fonce. Mais ça avance avec panache. Ce type, c’est un vent de ficher – pas de fraîcheur, non : de ficher, oui, comme on fiche la paix à ceux qui pensent de travers, qui parlent trop fort, qui aiment mal ou trop.

Quenard écrit comme il joue : habité, borderline, mais toujours juste. Il manie les mots comme des armes blanches, avec un plaisir d’esthète et une sauvagerie de bistrot. Il fait au langage ce que le punk faisait à la musique : il le rend vivant, dangereux, drôle, profondément humain.

Son livre ? C’est une gifle. Mais une de celles qui réveillent.
Et le mieux dans tout ça, c’est qu’on en redemande.

Raphaël Quenard, c’est pas un auteur à suivre. C’est un auteur à rattraper au vol.

Clamser à Tatouine, Raphaël Quenard, roman Flammarion

le 26/05/2025
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