Interview : David Hallyday, la quarantaine triomphante
David Hallyday s’émancipe d’un carcan familial et musical pour enfin livrer à l’aube de la quarantaine un disque qui lui ressemble. Résolument pop-rock, cet album conçu comme une carte de visite personnelle, loin des idées reçues sur cet artiste, lui permet de jouer fort ce qu’il avait jusqu’alors mis en sourdine.
Rencontre sincère autour d’un artiste à l’aube d’une nouvelle vie, à tous les niveaux intimes et sonores.
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Alors David, la liberté vient-elle à 40 ans ?
David Hallyday : « C’est une très bonne question. Pour ma part c’est certain ! J’avais tendance à faire trop de compromis entre ce que les gens voulaient de moi et ce que j’étais vraiment. Fatalement un beau matin tu te réveilles et tu te dis qu’il y en a ras le bol de suivre le chemin qu’on t’a tracé. Ces quatre dernières années j’ai eu l’impression que les gens avaient une fausse image de moi, j’avais l’impression de me battre face à moi-même pour autre chose que ce qui m’intéresse : c’est à dire la musique. »
L’album a une consonance résolument rock ?
David Hallyday : « Le rock devient un truc social un peu grotesque, je ne pourrais pas te dire si mon disque c’est du rock ou de la variété. De toute façon les critiques si tu leur dis que David Hallyday sort un album rock : ils ne te croiront pas. Il vaut mieux arrêter avec toutes ces étiquettes, ma musique est ce qu’elle est, sûrement un peu plus brutale que ce que je faisais avant, je demande juste d’aller écouter pour se faire une opinion sans préjugés. Mais pour ceux qui ne me connaissent pas très bien et qui croient que j’exploite un filon « rock » je leur conseil d’entendre mes anciens groupes comme Novacaine ou BlindFish et ils verront que de tout temps le gros son c’était ma tasse de thé. »
Certaines plages sont plus tendres comme « Fleur Cannibale » qui me fait penser à du Indochine ?
David Hallyday : « C’est une façon de parler d’amour différente de ce que je faisais avant. Cette chanson est plus bluesy que les autres. C’est une façon décalée de parler de la passion. Sur cet album on passe pas mal de thèmes en revue. C’est presque mon coup de colère !. »
Est-on vraiment à l’abri dans le cœur des filles ?
David Hallyday : « Non ! non ! on est à l’abri nulle part ! surtout là... mais à partir du moment où on le sait on s’amuse beaucoup mieux. »
Sur ce nouvel album, vous composez toutes les musiques ?
David Hallyday : « Depuis toujours je l’ai fait. D’ailleurs j’aimerais savoir comment font les interprètes des chansons des autres, c’est un grand questionnement que je me pose. »
Par contre vous faites appel à plusieurs auteurs, quels sont les critères pour que cela vous parle et que vous puissiez l’interpréter ?
David Hallyday : « C’est un vrai travail, l’auteur est la première personne qui me donne son avis. J’aime bien ce travail de groupe entre le musicien et l’écrivain. »
Tu te sens plus à l’aise aux US ou en France par rapport à ta musique ?
David Hallyday : « Aux Etats-Unis bien sur. Parce que je suis dans un courant des sons actuels la-bas alors qu’en France, jusqu’à cet album, je suis resté très populaire et très commercial. Très grand public alors que là bas je pense être à l’opposé de cette image. Je me rappelle être venu en France avec des maquettes pour m’entendre dire que jamais on ne passerait ça en radio car la voix est trop rentrée dedans et la batterie trop forte. »
Vous ne faites plus de textes en anglais sauf sur une chanson de l’album ?
David Hallyday : « Oui mais je vais sortir, en dehors de la France, cet album en anglais. Je pense d’ailleurs le jouer sous un nom de groupe. »
Choisir Paul Reeve (Muse) comme producteur, c’est un choix ambitieux, mais aussi courageux ?
David Hallyday : « Dans les 100 % de gens qui écoutent la musique, il y a sûrement 60 % axés sur la Star-Academy mais rassure moi j’espère que les 40% restant connaissent Muse ou qui connaissent ce qui se fait ailleurs. »
Vous avez enregistré l’album d’une manière proche de celle utilisée dans les années 60-70 pour tout bon album qui se respecte ?
David Hallyday : « Dans la manière de l’enregistrer j’ai essayé de faire un truc super roots. J’avais envi de retrouver l’énergie de base en sortant du carcan franco-français. Je me suis rendu aux Etats-Unis pour trouver des groupes, des musiciens. »
Vous avez choisi des musiciens qui sont des musicos de renoms anglo-saxons mais pas de français, vous n’avez donc pas les mêmes affinités ?
David Hallyday : « J’étais sur place donc je me suis servi là bas, en plus en ayant grandi là bas : j’ai cette culture encrée en moi. Je vais très rarement en France finalement. Je ne suis venu en France que pour une carrière solo en 1987, avant je ne connaissais que les USA. J’y suis d’ailleurs vite retourné car ce qui se passait ici ne me convenait pas. »
L’avantage avec cet exil volontaire c’est qu’il n’y a pas de préjugés autour de votre nom ?
David Hallyday : « Il y a vraiment un esprit de camaraderie autour de la musique. Sans formatage. Là bas plus tu fais des trucs originaux plus tu es respecté. En France si tu fais un truc, tu dois copier ce que tu as fait par le passé, si tu proposes quelque chose de différent il y a aussitôt un clash. »
Vous jouez beaucoup d’instruments en studio, allez vous papillonner de la sorte sur scène ?
David Hallyday : « Bien sur ! Mon batteur joue de la guitare, moi de mon côté, je souhaite montrer qu’on peut jouer de la batterie et chanter en même temps. Egoïstement je souhaite m’amuser sur scène. (rire) »
Il y a une chanson très émouvante dans votre album qui parle de dépression. Mais pour vous finalement, est-ce que l’ombre n’est pas plus salutaire que la lumière ?
David Hallyday : « Aux yeux des gens oui mais pour toi au bout d’un moment ça fait du bien de voir la lumière. Ma création passe par mon côté féminin et justement dans mon obscurité. »
Sur 18 ans de carrière, quel a été votre plus grand bonheur ?
David Hallyday : « Là où je m’éclate le plus c’est lorsque j’écris une chanson et que je la fais évoluer en studio puis sur scène. »
Vous dites aimer la solitude, drôle de constat pour un musicien qui vit toujours en bande ?
David Hallyday : « C’est effectivement paradoxal mais il y a des moments où tu te dois d’être seul, surtout d’un point de vue créatif. »
Vous parlez d’une cassure dont vous êtes victime, vient-elle plus de votre ambivalence culturelle ou de votre poids familial à assumer ?
David Hallyday : « Je n’ai pas de poids familial car je ne l’ai pas subi. Je ne l’ai ressenti qu’à mes périodes « françaises » parce qu’on m’agressait sur des choses qui n’avaient rien à voir avec ma musique. Au début j’avais l’impression d’être responsable d’un crime contre l’humanité de m’appeler Hallyday. »
Vous semblez remonté contre les critiques ?
David Hallyday : « Ce qui me fait chier c’est qu’ils n’écoutent même pas mon album et qu’ils se permettent de le tailler en pièce. J’accepte la critique quand elle est construite un peu plus que « David Hallyday, c’est de la merde. »
